01.10.2008

Les contes de fée réhabilités

Bettelheim l'a bien compris, les « gentils contes » de notre enfance ne sont pas uniquement des histoires obscures et mièvres où les princes occissent des dragons pour sauver la belle princesse.Quand on les lit de plus près, on s'aperçoit que les contes pour enfants sont souvent sanglants, violents, qu'ils touchent à des sujets graves qui interpellent la jeune génération comme la mort, l'inceste ou encore l'apprentissage de la sexualité. conte-de-fees.single_width_240.jpgJe ne vais pas ici réécrire la psychanalyse des contes de fées de l'auteur sus-citée puisqu'elle existe déjà mais juste tenter de réhabiliter certaines histoires douces et gentilles qui ont bercé notre enfance pour rappeler leur réel contenu et leur valeur intrinsèque.

 

Tout d'abord, pour ressituer le contexte, rappelons que les contes de Perrault sont la plupart du temps des réécritures des contes des frères Grimm sous une forme bienséante qui était acceptable par la cour de l'époque. Car vous l'aurez bien compris, Perrault écrivait pour les adultes et non pas pour les enfants.Les Walt Disney reprenant les grands classiques s'appuient d'ailleurs plus sur ses versions édulcorées que sur la crudité des frères Grimm, d'Andersen ou de certaines versions beaucoup moins gentilles des contes populaires. Dans certaines versions de Cendrillon, celle-ci tue sa belle-mère en lui écrasant la tête dans un immense coffre à jouets. C'est sûr, c'est tout de suite moins glamour. Dans la version des frères Grimm, les vilaines sœurs Javotte et Anastasie vont successivement se couper qui des orteils, qui des talons pour rentrer dans le fameux escarpin en vair(et non pas en verre comme l'a interprété Disney). Je ne parlerai même pas de la Belle au bois Dormant qui elle se fait prendre régulièrement par le gentil prince sans se réveiller: cette flemmarde n'émergera que quand son deuxième enfant, affamé, lui tètera le doigt arrachant ainsi la fameuse écharde venue du rouet enchanté. Soit dit en passant, ce conte est l'un des rares qui ne se termine pas par « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants », car peu savent en effet que la belle Aurore qui a le sommeil facile n'a que deux enfants et vit une fin de conte compliquée avec une belle-mère ogresse qui veut bouffer les-dits gamins. Et oui, ça surprend mais c'est comme ça.

 

Quand à moi, mes petits chouchous sont ceux que je me plais encore à relire et à voir aujourd'hui, les plus énigmatiques, les plus étranges, les plus malsains.

Tout d'abord, Alice au pays des merveilles. Qu'elle ne fut pas ma joie d'apprendre que Tim Burton allait s'emparer de ce conte fêlé pour une adaptation en 3D ! Qui en effet mieux que le réalisateur du merveilleux et du bizarre pouvait comprendre aussi bien ce qui se passait dans l'esprit tordu du perturbé Lewis Caroll ? Car je vous assure, si vous relisez un jour ce conte en étant adulte et à jeun, vous vous demanderez ce qu'à fumé Lewis avant d'écrire sa saga Alice. Alors déjà la gamine qui grandit et rapetisse en prenant des champis, c'est bizarre. Les chenilles qui fument et les chats qui disparaissent, admettons. Par contre, la reine hystéro qui veut décapiter tout ce qui bouge, moi ça me laisse perplexe quand à un usage destiné aux moins de 6 ans. Car pour moi, le pays d'Alice est loin d'être celui des merveilles. C'est au contraire le royaume de la cruauté. Le « pays des merveilles » est en réalité un endroit où on laisse une petite fille perdue seule au milieu de la forêt, un monde hostile dans lequel chaque habitant cherchera à la tester, à l'abandonner voire purement et simplement à la tuer... Et le plus surprenant dans tout ça, c'est l'aréactivité de cette enfant. Qu'elle se retrouve immense, coincée dans une cheminée, sur un échiquier bizarre de l'autre côté du miroir, ou noyée dans ses propres larmes, Alice attend que les choses se passent. Deleuze caractérisera même son comportement de schizophrénique. (Pour ceux qui ont le courage de lire, certains sites en parlent, personnellement ça reste un peu du chinois pour moi)

Je ne rentrerai pas ici dans le débat qui consiste à dire que Charles Dodgson (alias Caroll) était pédophile, par contre ce qui est sûr c'est qu'il avait un grain et que toute son œuvre s'en ressent. Je profite d'ailleurs de l'écriture de ce billet pour vous conseiller la lecture du moins connu mais non moins excellent « Sylvie et Bruno » du même auteur.

 

Et pour terminer, last but not least, je ne pouvais pas ne pas parler de Peter Pan. Vous allez penser que c'est une obsession actuelle chez moi, à vrai dire elle est permanente... En effet, le Neverland de James Matthew Barrie exprime pour moi tout ce qui cloche dans nos petites têtes.C'est là que viennent s'abimer tous nos rêves inachevés. Dans le pays imaginaire, les enfants sont perdus et les adultes coincés dans leurs vies monotones ou leurs obsessions malsaines. Et au milieu de tout cela trône Peter, l'enfant irréel que dans la version originale du texte personne n'a le droit de toucher.

Comme Lewis Caroll, la vie de Barrie a été un peu hors norme. L'un s'était pris d'affection pour les 4 filles Liddel et l'autre pour les 5 garçons Llewelyn Davies qu'il finira même par adopter. (Histoire racontée dans le film de Marc Foster où James Barrie est incarné par non moins que Johnny Depp). Cette similitude dans la vie des deux auteurs est d'autant plus surprenante qu'ils sont régulièrement comparés pour leurs œuvres. En ce qui concerne Peter Pan, c'est pour moi bien plus qu'une histoire gentille. C'est le cri de désespoir des orphelins, la sensation de vide des adultes à qui l'on a volé leur jeunesse et qui ne se souviennent qu'en bout de course du « bateau volant de leur enfance ». Et même si l'histoire finit toujours par se répéter, les enfants perdus deviennent des adultes perdus et meurent à leur tour..

 

Ce que l'on nomme « conte pour enfants » fait non seulement partie de notre culture et de notre patrimoine, mais devrait être parfois relu par les adultes. Nous n'avons certes pas le même regard sur le petit prince de Saint-Exupéry, et pourtant nous pourrions lire ce texte encore et encore et en redécouvrir chaque fois quelque chose de neuf. Ne mettons donc pas nos contes populaires au placard. Si vous avez des enfants, lisez leur les vraies versions des contes, il y aura toujours les Walt Disney pour nous donner la version qui finit bien. Et d'ailleurs aujourd'hui, avec le succès de JK Rowling et autres Narnia, je me réjouis de voir que l'on commence enfin à considérer la littérature enfantine comme un genre... qui n'est pas que pour les enfants !

28.09.2008

Génération Peter Pan

 

Le syndrome de Peter Pan (parfois nommé complexe de Peter Pan) caractérise les enfants angoissés par l’idée de grandir et les adultes socialement immatures. « Choisir une vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de grosse télévision. »

Devenir adulte, en quelque sorte. Dans ce monologue de Danny Boyle qui a fait le tour du monde se reflète l’angoisse qui est celle de toute une génération. Chez les trentenaires d’aujourd’hui, on entend souvent parler de “nostalgiques”, “d’adulescents”, bref, d’adultes qui ne s’assument pas et cherchent désespérément des repères dans le monde de leur enfance ou les mondes virtuels. J’ai entendu tous les qualificatifs pour définir cet état qui pourrait être générationnel : “génération sacrifiée”, “génération perdue”, “génération Y”, “Génération Peter Pan.” Et en effet, qui mieux que Peter Pan pourrait représenter cette fuite devant l’âge adulte ? Cet enfant éternel qui considère ceux qui grandissent comme des traitres, qui voudrait rester pour toujours un petit garçon et toujours s’amuser ? Peter Pan bronze.jpg

Certains comme Dan Kiley, ont été jusqu’à prêter ce nom à un syndrome, comme si vouloir garder l’enfant en soi était une maladie. Il existe même des sites qui traitent de cette “maladie”, ils mettent en garde les parents contre leurs enfants qui refusent de grandir, ils expliquent à certaines femmes que leur maris sont gravement malades. Ce qui me dérange un peu, c’est que j’ai l’impression de me reconnaître dans chacun de ces symptômes, ainsi que les trois quarts des gens que je fréquente. Donc de deux choses l’une, soit nous sommes tous barges, soit il faut accepter que cette maladie n’en est pas une, tout au plus un phénomène générationnel. Pour moi, un adulte qui a toujours sa DS dans son sac n’en reste pas moins un adulte et une personne à qui on peut confier des responsabilités.

Alors comme je ne peux pas parler pour toute une génération, je peux au moins parler pour moi. Oui c’est vrai, je connais par coeur tous les génériques des dessins animés des années 80. J’ai grandi avec Jayce et les cités d’or, j’ai mille fois rêvé d’aller avec Arkana sauver le shagma ou de rentrer dans la bulle bleue de Clémentine. Mais voilà, un jour, il a fallu grandir. Il a fallu choisir. La réalité a surgit devant nous comme un diable sort de sa boîte. Du jour au lendemain ou presque, notre enfance était terminée. Je fais partie de ceux qui ont refusé pendant longtemps de passer ce cap. Traîner la patte pour trouver un boulot ou un appart, ou même attendre presque 30 ans pour passer le permis. Et pourtant…

Etre adulte, je n’aspire qu’à ça. J’aimerais moi aussi avoir des rêves simples, prendre un crédit sur 25 ans, avoir pour seule angoisse la taille de l’écran de mon futur home cinéma. Oui mais malheureusement, tout n’est pas aussi simple. Est-ce que le nombre d’hectare de notre future maison ou les trois enfants qu’on planifie d’avoir détermine notre capacité à être adulte? Etre adulte revient-il à oublier ce qu’on a été quand on était enfant ? J’ai beau avancer dans le temps et souffler bougie après bougie, j’entends toujours la voix d’une gamine qui me demande où sont passés mes rêves d’enfant. Que ce n’est pas comme ça que je m’imaginais à 30 ans. Peut-être, comme Peter Pan, j’aspire à encore un peu de cette enfance, de ce temps de l’insouciance dont on m’a tiré brutalement pour remplir mon rôle dans la société. Car dans notre monde, pas de place pour un Neverland ou des fées capricieuses. Ici, les enfants perdus n’ont d’autre choix que de grandir tant bien que mal, remplaçant souvent les jeux avec les indiens contre d’autres bien plus violents.

Et même si, pour écrire cet article, je me suis plusieurs fois retrouvée au bord des larmes en voyant les images des dessins animés ou des histoires de mon enfance, je ne voudrais pour rien au monde renier cette partie de moi. Même si ça me fait passer parfois pour une gamine, une femme-enfant, quelqu’un qui a peur de «sauter le pas» vers l’âge adulte, je ne voudrais pour rien au monde renier cet héritage qui est à la fois notre passé et notre culture. Car je crois sincèrement que l’on peut devenir adulte et assumer ses responsabilités sans renier cette part d’enfant que nous avons tous en nous. Si après tout, devenir adulte ce n’était pas changer du tout au tout, mais juste endosser un nouveau rôle, ajouter une étape de plus à ceux que nous sommes déjà ?