13.02.2009

White as the snow

Je le sais bien, ce blog semble à l'abandon... Mais apparemment agir ou écrire, il faut choisir. Quoique l'écriture n'est-elle pas une action en soi ? Toujours est-il que je n'ai pas jeté mon carnet ni mon stylo, alors voilà une fiction toute fraiche que je suis en train d'écrire, voici l'introduction.

J’ai toujours eu des problèmes avec la mémoire. Les années passent et les cycles s’enchaînent, mais dans ma mémoire, pas de prise pour le temps. Mon cerveau est comme un ordinateur sur lequel on aurait oublié de mettre de la mémoire morte. Pas de bios ni de disque dur. Dans ma tête, les choses s’écrivent et se réécrivent à l’infini. Ce que j’ai fait la semaine dernière, ce qu’on a mangé hier, où j’étais au jour de l’an, ce n’est pas la peine de me le demander. ville_memoire.jpg
Et pourtant, je ne suis pas bête. J’apprends très facilement. Ma mémoire à court terme est excellente. Mon esprit est vif et toujours à l’affût de nouvelles idées. Car des idées, j’en ai. Tout le temps. Chaque seconde. Une idée formidable me traverse, mais le téléphone sonne ou je passe devant la télé, et tout disparaît. J’oublie. Ne me demandez rien, car le passé pour moi c’est l’oubli. Pas de retour en arrière. Pas d’évolution possible. Ce que je vis est déjà finit. Ne me demandez pas de retenir votre visage ni même votre nom, dans quelques instants ou quelques jours, vous n’existerez plus. Je pourrais être malheureuse de cette situation. Ce n’est pas le cas. J’avance chaque jour sur cet immense escalier. Autour de moi, rien que de la brume. A chaque pas que je fais, les marches derrière moi disparaissent. Qu’importe si je monte ou si je descends, car à chaque pas, c’est l’oubli.
Pardonnez-moi si mon discours vous semble parfois décousu.
Je dis les mots qui me viennent au fil de mes idées. Je vous ai déjà dit que les idées se bousculaient en moi comme se bousculent les gens qui courent dans le métro, ou les lemmings se jetant en rang bien ordonné dans la mer ?
Vous savez bien sûr qu’il s’agit d’une légende. Ces animaux sans cervelle subissent de lourdes pertes lors de leurs migrations, et certains membres du groupe tombent tels des poupées de chiffon dans l’indifférence générale. C’est une belle allégorie de ce que je vis au quotidien. Les idées, les émotions, les humains qui me traversent finissent tôt ou tard dans les flots opaques de ma mémoire sans que j’en éprouve le moindre regret, ni le moindre souvenir. Je ne suis pas malheureuse non, car ma force, c’est l’oubli. Avec l’oubli, pas de doute. Pas de remords. Que m’importent cet homme que je n’ai pas osé embrassé, ce frère ou cette sœur que j’aurais blessé, ces enfants qui courent autour de moi sans que je les vois ? Ce que je n’ai pas fait, je l’ai déjà oublié. Le mal que l’on m’a fait, il n’existe pas pour moi, perdu dans les marches de l’oubli.
Pardonnez-moi si mon discours vous semble décousu. Je parle toujours comme si ma vie en dépendait, comme si c’étaient les derniers mots que je prononçais. Comprenez-bien que pour moi, cette angoisse est une réalité. Dans quelques instants, j’aurai tout oublié. Le noir ou le gris de vos yeux, votre sourire crispé, mes mots et mes idées.
Je vous ai déjà dit que mes mots se bousculent dans ma tête comme les lemmings qui se jettent du haut des falaises ?
Pardonnez-moi si je vais rarement au bout de mes idées. Comprenez-moi, j’ai tellement de choses à dire et si peu de temps, si peu de temps pour moi…
C’était important pour moi de vous expliquer comment mon cerveau fonctionne pour que vous puissiez appréhender ce qui va s’ensuivre.
Imaginez mon cerveau comme un ordinateur doté seulement de mémoire vive. Pas d’espace de stockage. A chaque marche que je franchis, je dois tout réécrire.