25.11.2009

Faites des enfants... ou pas

Spéciale dédicace aux parents (et instits !!) à bout de force.

Parce que même si on les aime, des fois on peut laisser notre esprit vagabonder...

 

 

29.11.2008

Il y a...

sleeping children statur.jpg

~ Il y a ce moment que j’aime

Particulièrement

C’est quand à l’école

Pendant que les cris des grands résonnent dans la cour

Les petits dorment dans un chœur de ronflement… ~

07.10.2008

... ou comment j'ai survécu à la Clis

Clis... Encore un gros mot de l'éducation nationale pour désigner pudiquement les « classes d'intégrations scolaire ». Comprendre les classes d'handicapés mentaux. Comprendre en réalité les classes « poubelles » où l'on trouve il est vrai quelques handicapés mais surtout les gamins perturbateurs, voire futurs délinquants et tellement ingérables qu'on est obligé de les sortir des classes normales. sauvons_les_clis_logo.jpgEn tant que prof débutante et remplaçante, je suis amenée à faire n'importe quel type de poste. Et quand je dis n'importe quel type... J'ai eu le doit à cette affectation d'une semaine en Clis parce que j'avais refusé un autre remplacement 10 fois pire, au collège celui là... donc j'étais au final soulagée d'avoir échappé aux « caïras » adolescents. Par un semi-hasard, le samedi matin avant la fameuse semaine, je croise la titulaire de la classe (une débutante comme moi) lors d'une des conférences à la con auxquelles nous sommes tenus d'assister. Celle-ci me rassure profondément en me déclarant « tu vas en chier, c'est trop des fous et ils mettent la misère aux remplaçants. » Je vous laisse aisément deviner l'état d'esprit serein dans lequel mon week-end s'est déroulé...


Arrive le lundi matin. L'école comme toujours est au fin fond d'une cité, les locaux sont dignes d'un mauvais sujet du JT de TF1, les adultes fument clope sur clope et les gamins se foutent sur la gueule. Je découvre rapidement la classe qui va être la mienne. Des fous m'avait-on dit, et à vrai dire le mot est faible... les insultes fusent aussi vite que les coups de poing, ça s'étrangle en classe et ça répond aux adultes avec un aplomb à faire pâlir Joey Starr... ajoutez à ça des enfants plus jeunes et vraiment handicapés qui ne comprennent rien à la vie, qui ont une hygiène déplorable et l'autonomie d'un bichon de deux semaines à qui on aurait cassé deux pattes et vous aurez une vague idée de ce à quoi ressemble une Clis. Je monte donc les escaliers avec mes élèves, les jambes tremblantes. Ils m'échappent aussitôt en courant dans les couloirs comme des forcenés. Après les avoir rattrapé péniblement, j'ouvre la porte de la classe.... Il est étonnant de constater comme dans les moments critiques, on pense à des choses bizarres. Sur le pas de la porte, mon sac encore sur le dos et les clefs dans les mains, j'ai pensé très sérieusement : « je vais les enfermer à clef et me barrer en courant... » Bon heureusement je n'ai pas eu assez de réactivité pour mettre en application cette idée courageuse, et j'ai donc fait face à mon public. J'ai passé les premiers instants en ayant l'impression d'être dans un de mes nombreux cauchemars où j'imaginais le pire scénario pouvant se produire en classe, les enfants se foutant de ma gueule, et se foutant SUR la gueule par la même occasion.


Et puis, petit à petit... sans que je comprenne vraiment comment, les choses ont changé. Alors au début, je braillais, ils crisaient, et la tension était palpable dans l'air. Puis, ils se sont calmés, je me suis calmée... ou le contraire, allez savoir... Ce que je sais, c'est qu'au bout d'un moment non seulement le calme s'est mit à régner de temps en temps en classe, mais même quelquefois, l'ambiance s'est améliorée, des sourires se sont esquissés. Rassurez-vous, je ne vous dirai pas que ça c'est terminé comme dans Hartley cœur à vif. Car avec ces enfants là, le bonheur côtoie l'enfer chaque seconde de la journée. Avec eux, en un instant tout peut basculer... Des fois on va devenir dingue car la gamine à qui on dit pour la 300ème fois de se moucher s'essuie vaguement la morve dans sa main en léchant ses doigts après. Mais des fois il suffira d'un regard, d'un sourire pour que tout change. Maintenant, on ne peut pas faire avec eux ce qu'on ferait avec des enfants « normaux ». Pendant une séance, Damien* va se barrer pour se cacher sous la table pour « me faire une blague » ou alors péter les plombs et se mettre à frapper tout ce qui bouge. Reda va débiter 25 insultes à la seconde, et dès que je vais lui adresser la parole va me répondre « putain c'est bon vas-y » avec forces soupirs et gestes violents. Elise va venir me voir en pleurant parce que des souvenirs des traumatismes qu'elle a vécu lui reviennent en surface et la submergent. Farah va consciencieusement manger ses crottes de nez et Dalanda jouer la caïd en me cherchant verbalement. Mais parfois... parfois il y a des moments de grâce. Parfois, Djibril, gamin ultra-violent, provocateur et perturbé par l'école va venir me montrer son travail. Je vais lui assurer que c'est bien, qu'il a fait du bon boulot et son sourire va aller décrocher ses oreilles et faire chavirer mon petit cœur sensible par la même occasion. Parfois, Damien le « monstre » de la classe va baisser la tête et me dire « oui maîtresse », et d'un coup j'ai l'impression que je pourrais déplacer des montagnes.


Deux jours s'écoulent, et quelque chose est différent chez moi. Moi qui suit d'ordinaire stricte avec les mômes, stressée comme pas deux, je laisse passer des choses énormes. Sans m'en rendre compte,je m'adapte... pire, je m'attache.Quand dans une classe normale je vais disjoncter pour une vague moquerie, là ça va être « ouais non Damien pose la hache et prend la batte de baseball plutôt ça lui fera moins mal. » Et bizarrement, mon calme commence à les atteindre. Le troisième jour, j'accomplis même un petit miracle: j'arrive à les intéresser. Alors bon c'est sûr ils se jettent à 12 sur le tableau, ils veulent triturer les images qui leur plaisent, gueulent pour prendre la parole. N'importe qui rentrerait dans la classe à ce moment là hallucinerait du bordel. Mais pour moi, c'est différent. Pour moi, c'est une victoire sur moi-même, sur mes peurs, sur mes préjugés. Ces enfants dont personne ne veut, qui font peur même au sein de l'école, ces gamins qui pour certains se retrouvent à dealer le soir dans la cité, ces mêmes gamins sont en train de s'extasier sur quelque chose qu'on apprend. Ces gamins qui haïssent l'école plus que n'importe qui sont en train de prendre du plaisir. Alors oui bien sûr, c'est une minuscule victoire dans un océan de galère. Mais malgré tout, malgré les moments où j'en ai chié, où j'ai paranoié, j'ai ressenti comme une vague de tristesse quand est venue l'heure de les quitter. Quand Dalanda la provocatrice m'a dit que ça aurait été « trop bien que je reste 3 semaines au lieu d'une », quand elle a ajouté avec un large sourire que « on va trop vous manquer hein, maîtresse ? » j'ai réalisé qu'elle avait raison. La classe la plus dure de cette cité obscure va sérieusement me manquer.


Ces enfants dont je ne voulais surtout pas comme élèves, ces enfants que je ne voyais même pas comme des enfants mais comme des délinquants, presque comme des « freaks », ces enfants m'ont apporté bien plus que ce que je ne leur ai donné. En une semaine avec eux, j'ai appris plus qu'en un an à l'IUFM. Et même si je ne suis toujours pas prête à demander ce type de classe à l'année, même si j'ai conscience des difficultés, je suis heureuse d'avoir vécu (et survécu) à cette expérience, et... pourquoi pas un jour recommencer.


PS: Une spéciale dédicace et un grand merci à Camille, l'AVS qui m'a vraiment aidé dans cette expérience, et bon courage à elle pour la suite des évènements !


*même si je ne pense pas que des parents tombent un jour sur cet article, j'ai bien sûr changé le nom des enfants pour préserver leur anonymat.


01.10.2008

Les contes de fée réhabilités

Bettelheim l'a bien compris, les « gentils contes » de notre enfance ne sont pas uniquement des histoires obscures et mièvres où les princes occissent des dragons pour sauver la belle princesse.Quand on les lit de plus près, on s'aperçoit que les contes pour enfants sont souvent sanglants, violents, qu'ils touchent à des sujets graves qui interpellent la jeune génération comme la mort, l'inceste ou encore l'apprentissage de la sexualité. conte-de-fees.single_width_240.jpgJe ne vais pas ici réécrire la psychanalyse des contes de fées de l'auteur sus-citée puisqu'elle existe déjà mais juste tenter de réhabiliter certaines histoires douces et gentilles qui ont bercé notre enfance pour rappeler leur réel contenu et leur valeur intrinsèque.

 

Tout d'abord, pour ressituer le contexte, rappelons que les contes de Perrault sont la plupart du temps des réécritures des contes des frères Grimm sous une forme bienséante qui était acceptable par la cour de l'époque. Car vous l'aurez bien compris, Perrault écrivait pour les adultes et non pas pour les enfants.Les Walt Disney reprenant les grands classiques s'appuient d'ailleurs plus sur ses versions édulcorées que sur la crudité des frères Grimm, d'Andersen ou de certaines versions beaucoup moins gentilles des contes populaires. Dans certaines versions de Cendrillon, celle-ci tue sa belle-mère en lui écrasant la tête dans un immense coffre à jouets. C'est sûr, c'est tout de suite moins glamour. Dans la version des frères Grimm, les vilaines sœurs Javotte et Anastasie vont successivement se couper qui des orteils, qui des talons pour rentrer dans le fameux escarpin en vair(et non pas en verre comme l'a interprété Disney). Je ne parlerai même pas de la Belle au bois Dormant qui elle se fait prendre régulièrement par le gentil prince sans se réveiller: cette flemmarde n'émergera que quand son deuxième enfant, affamé, lui tètera le doigt arrachant ainsi la fameuse écharde venue du rouet enchanté. Soit dit en passant, ce conte est l'un des rares qui ne se termine pas par « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants », car peu savent en effet que la belle Aurore qui a le sommeil facile n'a que deux enfants et vit une fin de conte compliquée avec une belle-mère ogresse qui veut bouffer les-dits gamins. Et oui, ça surprend mais c'est comme ça.

 

Quand à moi, mes petits chouchous sont ceux que je me plais encore à relire et à voir aujourd'hui, les plus énigmatiques, les plus étranges, les plus malsains.

Tout d'abord, Alice au pays des merveilles. Qu'elle ne fut pas ma joie d'apprendre que Tim Burton allait s'emparer de ce conte fêlé pour une adaptation en 3D ! Qui en effet mieux que le réalisateur du merveilleux et du bizarre pouvait comprendre aussi bien ce qui se passait dans l'esprit tordu du perturbé Lewis Caroll ? Car je vous assure, si vous relisez un jour ce conte en étant adulte et à jeun, vous vous demanderez ce qu'à fumé Lewis avant d'écrire sa saga Alice. Alors déjà la gamine qui grandit et rapetisse en prenant des champis, c'est bizarre. Les chenilles qui fument et les chats qui disparaissent, admettons. Par contre, la reine hystéro qui veut décapiter tout ce qui bouge, moi ça me laisse perplexe quand à un usage destiné aux moins de 6 ans. Car pour moi, le pays d'Alice est loin d'être celui des merveilles. C'est au contraire le royaume de la cruauté. Le « pays des merveilles » est en réalité un endroit où on laisse une petite fille perdue seule au milieu de la forêt, un monde hostile dans lequel chaque habitant cherchera à la tester, à l'abandonner voire purement et simplement à la tuer... Et le plus surprenant dans tout ça, c'est l'aréactivité de cette enfant. Qu'elle se retrouve immense, coincée dans une cheminée, sur un échiquier bizarre de l'autre côté du miroir, ou noyée dans ses propres larmes, Alice attend que les choses se passent. Deleuze caractérisera même son comportement de schizophrénique. (Pour ceux qui ont le courage de lire, certains sites en parlent, personnellement ça reste un peu du chinois pour moi)

Je ne rentrerai pas ici dans le débat qui consiste à dire que Charles Dodgson (alias Caroll) était pédophile, par contre ce qui est sûr c'est qu'il avait un grain et que toute son œuvre s'en ressent. Je profite d'ailleurs de l'écriture de ce billet pour vous conseiller la lecture du moins connu mais non moins excellent « Sylvie et Bruno » du même auteur.

 

Et pour terminer, last but not least, je ne pouvais pas ne pas parler de Peter Pan. Vous allez penser que c'est une obsession actuelle chez moi, à vrai dire elle est permanente... En effet, le Neverland de James Matthew Barrie exprime pour moi tout ce qui cloche dans nos petites têtes.C'est là que viennent s'abimer tous nos rêves inachevés. Dans le pays imaginaire, les enfants sont perdus et les adultes coincés dans leurs vies monotones ou leurs obsessions malsaines. Et au milieu de tout cela trône Peter, l'enfant irréel que dans la version originale du texte personne n'a le droit de toucher.

Comme Lewis Caroll, la vie de Barrie a été un peu hors norme. L'un s'était pris d'affection pour les 4 filles Liddel et l'autre pour les 5 garçons Llewelyn Davies qu'il finira même par adopter. (Histoire racontée dans le film de Marc Foster où James Barrie est incarné par non moins que Johnny Depp). Cette similitude dans la vie des deux auteurs est d'autant plus surprenante qu'ils sont régulièrement comparés pour leurs œuvres. En ce qui concerne Peter Pan, c'est pour moi bien plus qu'une histoire gentille. C'est le cri de désespoir des orphelins, la sensation de vide des adultes à qui l'on a volé leur jeunesse et qui ne se souviennent qu'en bout de course du « bateau volant de leur enfance ». Et même si l'histoire finit toujours par se répéter, les enfants perdus deviennent des adultes perdus et meurent à leur tour..

 

Ce que l'on nomme « conte pour enfants » fait non seulement partie de notre culture et de notre patrimoine, mais devrait être parfois relu par les adultes. Nous n'avons certes pas le même regard sur le petit prince de Saint-Exupéry, et pourtant nous pourrions lire ce texte encore et encore et en redécouvrir chaque fois quelque chose de neuf. Ne mettons donc pas nos contes populaires au placard. Si vous avez des enfants, lisez leur les vraies versions des contes, il y aura toujours les Walt Disney pour nous donner la version qui finit bien. Et d'ailleurs aujourd'hui, avec le succès de JK Rowling et autres Narnia, je me réjouis de voir que l'on commence enfin à considérer la littérature enfantine comme un genre... qui n'est pas que pour les enfants !