05.01.2009

Série noire...

Hop, c'est lundi matin, alors autant bien démarrer la journée avec une autre loose ressortie de mes tiroirs...

... Ou autres petites désillusions spirituelles

La sagesse populaire nous apprend qu'un malheur n'arrive jamais seul. J'ai eu la joie d'en faire l'expérience il y a de ça quelques années.
C'est le doux mois de mai au fin fond de l'est Parisien, les oiseaux chantent (un peu trop comme nous le verrons par la suite), le printemps revient, et moi je viens de me faire larguer. Je ne vais pas m'étendre sur le marasme et la dépression dans lesquels cette rupture m'avait plongée, il me suffit ici de dire que c'était tout récent et que j'essayais vainement de continuer à vivre comme si de rien était.

Un matin donc, je me lève, glacée malgré la chaleur qui revient, et je me glisse sous la douche histoire d'y retrouver un minimum de réconfort, ou au pire de tenter de me noyer dessous. Sauf qu'au lieu de la caresse brûlante qui était sensée venir me réchauffer, je me prend en pleine tête un jet d'eau glacée. Merde. Pourtant les plombs n'ont pas sauté, et je me lève juste donc je n'ai pas encore eu le temps de vider le chauffe eau. Pas de panique. Je m'approche avec circonspection du tableau électrique voir si par hasard un fusible n'aurait pas sauté, mais tout à l'air normal. Je tente de faire couler l'eau chaude du robinet, impossible. Bon. Restons zen, ça sera peut-être revenu ce soir... (parfois, j'aime ma naïveté) De retour le soir, toujours pas d'eau chaude. Ok. Là on panique. J'appelle illico mon proprio, lequel me dit d'essayer de démonter moi même le ballon d'eau chaude voir si c'est ça qui cloche. Je me questionne intérieurement, a-t-il fumé ou est-ce juste un psychopathe de plus? . Bien sûr , lui répondis-je posément, du haut de mes 1m60 et avec mes bras de crevettes, je vais démonter un ballon d'eau chaude qui, de surcroît, m'a tout l'air d'être bien planqué derrière un coffrage. Mais tout va bien, car heureusement lors de ma licence de théâtre, j'ai validé l'option démontage-de-ballon-d'eau-chaude-bien-planqué-derrière-un-coffrage. Devant le long silence téléphonique qui s'ensuit, j'en conclus qu'on apprend pas plus le sarcasme en fac de proprio que la plomberie en fac de théâtre. Après avoir raccroché et n'écoutant que mon courage (ou ma stupidité), j'essaie quand même de voir de plus près ce ballon d'eau chaude. Il me faut moins de 12 secondes pour comprendre que je n'ai décidément pas raté une carrière dans la plomberie. Bon. Je rappelle le proprio. Celui-ci, qui ne doute décidément de rien, me dit « vous n'avez qu'à demander à votre copain d'y jeter un oeil ». C'en est trop. N'ayant même pas la force de relever tout le sexisme que contient cette dernière remarque, je me mets à chialer comme une môme au téléphone en lâchant que je viens de me faire larguer. Cette réaction imprévue le surprend quelque peu, mais elle fait quand même son petit effet car il m'enverra le plombier demain, promis juré. Comme quoi, être pathétique, ça paye. Epuisée, je décide d'aller me coucher, toujours aussi sale que ce matin. Se laver à l'eau froide, rien à faire c'est contre ma religion.

Le lendemain, toujours dans l'optique de continuer tant bien que mal ma lamentable vie de célibattante, je décide courageusement d'aller à la piscine avec une copine (au moins là-bas y'aura de l'eau chaude). On attend le bus pour rentrer (après au moins 200 mètres de nage, on va quand même pas rentrer à pied, sans déconner). A l'arrêt de bus, je lui raconte mes malheurs sans prêter attention à un type un peu chelou derrière nous. Toujours aussi peu méfiante, ça doit être mon côté provincial qui persiste, j'ai mon sac grand ouvert avec le portefeuille bien en vue. Le bus arrive, et bien sûr ce qui devait arriver arrive, le mec attrape mon portefeuille au passage et s'enfuit en courant. Malgré ma stupeur, je mesure vite qu'il sera totalement inutile de lui courir après, d'une part parce que je ne cours pas vite, d'autre part parce que je tiens plus à ma vie qu'à mon portefeuille et d'une troisième part parce qu'on est bloquées par tous les gens qui rentrent dans le bus (oui je rajoute des troisièmes parts si j'ai envie je m'en fous c'est moi qu'écris). Je grimpe donc dans le bus en pestant, pleurant, passant alternativement de la rage la plus noire au désespoir le plus total. Ma copine me rassure comme elle peut, il n'y a presque pas d'argent dedans, on va aller tout de suite au commissariat. Certes il y avait très peu de liquide, mais à cette époque je bossais entre autre pour des boîtes de soutien scolaire type acadomia, et dans mon portefeuille il y avait tous les coupons qui allaient me servir à récupérer ma paye. Accablée, je me laisse donc traîner au commissariat par ma copine. Là évidemment il y a environ 12 heures de queue, je peste et je rage de plus belle. Mais, une fois n'est pas coutume, j'ai de la chance dans mon malheur. Un jeune flic m'aperçoit et me dit de venir pour prendre tout de suite ma déposition. Je passe dignement devant une trentaine de personnes médusées et furieuses, ne doutant point du charme prodigieux de mes yeux rouges, de mes cheveux ébourriffés et du doux parfum de chlore que je répand à chacun de mes pas. Je m'assois donc en face du jeune flic. J'ai la chance d'assister une fois de plus à la redoutable efficacité des hommes et des femmes qui protègent notre nation, à l'incroyable super pouvoir qu'ils ont apparement tous développé à l'école de police: c'est à dire taper à deux doigts avec une lenteur affligeante et environ une faute d''orthographe par mot. Impossible de le laisser consigner un tel torchon; je lui fais imprimer la déposition, (ça doit être mon côté prof avant l'heure), je corrige les fautes et je lui fais tout retaper. Pendant les trois quarts d'heure qu'il met à taper 12 lignes, il me raconte que lui aussi s'est récemment fait larguer. Il ne peut malheureusement pas s'empêcher de me donner le conseil qui va révolutionner ma vie; à savoir qu'il faut aller de l'avant, ne faut pas se laisser abattre et blablabla. Bon il n'a de toute évidence pas inventé le fil à couper le beurre, mais il est mignon et je ne peux m'empêcher de jeter en arrière mon épaisse crinière chlorée et éclater d'un rire christallin à ses blagues pas drôles.
De toute évidence, ça fait son petit effet puisque le charmant-mais-pas-très-fut-fut fonctionnaire de police me glisse discrètement son numéro de portable avant de partir. Petit détail amusant, il s'appelait Isidore (je vous jure j'invente pas, la réalité est parfois plus cruelle que la fiction.)
Ceci étant, je vais tout de même pitoyablement à ma répétition, tout en faisant intérieurement le compte de toute la thune que je viens de perdre et de combien de temps ça va me prendre pour faire refaire tous mes papiers.
Je finis par rentrer chez moi , le moral en berne.

Juste avant de pousser la porte de mon immeuble, la vendeuse de la boutique d'à côté avec qui je discute assez fréquemment m'interpelle au passage. Elle m'explique rapidement que quelqu'un, « un jeune homme plutôt bizarre », est venu lui demander le code de mon immeuble. Elle a tout d'abord refusé, essayant de comprendre le motif de sa requête. Elle me dit qu'il aurait soi-disant des chose m'appartenant, elle lui aurait demandé de les lui donner mais il a insisté pour vouloir ne les donner qu'en main propre. Elle a donc finit par lui donner le code, mais elle me dit de rester sur mes gardes. Je la remercie vaguement, n'ayant pas tout compris à cette histoire. Je pousse donc la porte de mon bâtiment et je m'apprête à passer la deuxième porte quand j'entend qu'on m'interpelle. Dans l'embrasure de la porte d'entrée se tient le « jeune homme bizarre » en question. Il tient un sac plastique à la main et aborre le costume traditionnel de mon quartier, à savoir casquette vissée à l'envers, survet rouge et une démarche laissant penser qu'il vient de se chier dessus. « Excusez-moi mais c'est vous E......? »
« Heu oui c'est moi pourquoi? »
« Ben vas-y j'ai trouvé ça dans la poubelle alors je me suis dit que j'allais te le ramener zy-vas » (bon ok , ok j'en rajoute un peu, mais c'est pas ma faute si on peut pas retranscrire l'accent à l'écrit)
Sur ce, il me tend le sac en plastique et mon coeur bondit dans ma poitrine quand je vois tous mes papiers, coupons et bref tout ce que contenait mon portefeuille (sauf l'argent bien sûr). Je ressens un intense soulagement et je me répand en remerciements auprès du jeune homme. Malgré ma nature parano, je passe sur le fait qu'il ait voulu me rendre les papiers en personne et qu'il avait sûrement guetté mon arrivée pour pouvoir le faire. Je ne creuse pas non plus le fait qu'il ait fouillé une poubelle, que je me suis fait voler le portefeuille à plusieurs stations de métros d'ici et que c'est quand même bizarre que le voleur ait courru précisément jusqu'à une poubelle de Ménilmontant... bref, il ne sert à rien de s'attarder là dessus, je lui dis simplement merci une bonne dizaine de fois et vais pour rentrer.
Il me dit « bah de rien et puis un jour faudra qu'on aille boire un café! »
Bien sûr, bien sûr l'en assurai-je, rien ne pourrait me faire plus plaisir. (sur le coup je suis tellement contente que presque j'y croirais. Le jeune homme s'en va, apparemment satisfait, et je peux enfin rentrer vers mon « home sweet home »...
C'était bien évidemment sans compter ma fameuse histoire de chauffe eau. En rentrant, j'ai le plaisir immense de retrouver mon salon recouvert de plâtre et de peinture, avec un énorme trou qui remplace le coffrage qui ornait autre fois ma cuisine.
Je maudis donc intérieurement les proprios syphonnés et les ouvriers peu consciencieux.. Mon sixième sens naturel m'informe que je vais devoir vivre plusieurs semaines, voir plusieurs mois avec un trou à la place de ma cuisine . Mais bonne nouvelle, l'eau chaude est revenue!
Je me dis donc que tout est bien qui finit bien: je vais pouvoir enfin me doucher à l'eau chaude, je vais peut-être sortir avec un charmant flic (bon ok flic ça craint un peu mais il m'aidera peut-être à passer le cap de mon ex) et je me dis qu'avec toute la poisse que j'ai eue en 3 jours, je vais maintenant avoir au moins trois ans de tranquilité. Je chantonne donc gaiement, et comme le cerveau est parfois cruel, j'ai « soleil immonde » de Coluche dans la tête depuis que mon ex m'a largué.

Si certains se souviennent de la remarque acerbe de Coluche à la fin de cette chanson, ils devineront aisément quelle merde m'est tombée dessus (et où l'on pourra admirer la justesse de cette expression très bientôt) dès le lendemain.
Le lendemain donc, je décidais de mettre en application ma « fringue thérapie », c'est à dire que je choisis de mettre une charmante jupe blanche avec mon plus joli chemisier pour me remonter le moral.

Je sors donc sortie me promener, et je gambade gaiement dans la rue des Pyrénées en chantonnant « T'en fais pas c'est pas la fin du mondeu! » avec l'accent de Renaud, quand soudain je m'immobilise. Je viens en effet de sentir un très léger choc sur mon épaule suivit d'un roucoulement surgit tout droit des enfers. Je m'arrête net, ne voulant admettre l'inadmettable. (Oui j'invente des mots, mais je m'en fous c'est ma loose story donc je fais ce que je veux) Non me dis-je. Non, ce n'est pas possible. Mon regard se tourne lentement avec horreur sur mon beau chemisier bordeaux, et au milieu de celui ci, coulant et goûtant, une énoooooooooooooorme merde de pigeon liquide dégouline jusqu'à mes chaussures. Là, il n'est plus temps de crier ou pleurer, je lève juste les yeux au ciel, ne m'adressant non pas à Dieu mais au pigeon maléfique roucoulant d'un air mauvais au dessus de ma tête:
« Le vent m'apporte des odeurs de frites
Tout l'monde me r'connaît dans la rue
J'ai la boule coincée dans mon flip
Y manqu'rait plus qu'un oiseau me chie d'ssus »

T'en fais pas, c'est pas la fin du monde!

Epilogue: Pour la petite histoire, j'ai revu le flic une fois, on est allés boire un verre en face du commissariat à Gambetta. Après moulte discussions inintéressantes, le jeune homme m'a demandé si j'aimais la musique classique, ce à quoi je répondis oui. Il me demanda si j'aimais Haendel, ce à quoi je répondis que j'appréciais beaucoup ce compositeur, et il me sortit alors « oui parce qu'il a fait la musique de la dernière pub pour Levi's et j'adore! ». Je répliquais faiblement que datant de l'époque baroque, il y avait des chances que le sieur Haendel soit mort depuis quelque temps et que son revenu à l'époque n'était pas assuré uniquement par la pub. J'en conclu donc que définitivement, moi et les flics on était fachés et qu'on ne ferait jamais bon ménage.
Quand au trou dans mon mur, il a duré non pas 3 semaines mais 3 mois, et mon proprio s'est quand même arrangé pour m'arnaquer d'un mois de loyer quand je me suis décidée à quitter cet appartement qui partait en ruine.
S'il faut une conclusion à cette pitoyable série loose, je dirais que les pigeons sont bel et bien les messagers de Dieu, et qu'ils sont là pour nous rappeller que quand t'es dans la merde, ne te dit jamais que tu as touché le fond tant qu'un pigeon ne t'a pas chié dessus. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaamen.

 

Commentaires

C'est marrant que tu racontes ton passé de looseuse plutôt que ton présent de winneuse.
Enfin, moi c'est ce que j'en dis.
T'as quand même eu du bol dans ton malheur :
1/ On t'a ramené ton portefeuille quasi complet.
2/ Ton mari ne s'appelle pas Isidore.

Ecrit par : Comme une image | 08.01.2009

@Cui: c'est pas faux... pour le présent de winneuse, je garde les bonnes choses pour moi :p

Ecrit par : Netzah | 09.01.2009

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