23.12.2008

Quand j'étais petite...

Quand j’étais petite, j’adorais regarder les grues. Dès qu’on voyait un de ces engins mécaniques démesurés, il fallait s’arrêter 5 bonnes minutes pour que la petite lève les yeux au ciel en murmurant en boucle « les grues… » comme une litanie obsessionnelle, consécration enfantine des paysages industriels. Aujourd’hui encore, il m’arrive de lever les yeux au ciel et de m’arrêter un instant, comme fascinée par ces oiseaux étranges qui touchent le ciel et soulèvent des montagnes. IMG_0973.JPG

Quand j’étais petite, je n’aimais pas le rose. Ni le violet. Ni le bleu. Quand on me demandait quelles étaient mes couleurs préférées, je répondais invariablement « le noir et le jaune. » Allez savoir pourquoi… ce n’étaient peut-être pas celles que je préférais, mais celles qui m’effrayaient et m’impressionnaient le plus. Le mélange du noir sans âme et du jaune qui écœure. Le noir pour se souvenir des cauchemars d'enfant et le jaune pour se rappeler d'aimer tout ce qui brille.

Quand j’étais petite, je n’aimais pas l’école. La maternelle a été une torture prolongée de trois longues années. Et pendant très longtemps, les odeurs d’école m’ont fait comme un creux dans le ventre. Il m’arrive encore aujourd’hui quand je rentre dans une école de me retrouver une seconde comme paralysée par les souvenirs de cette époque. L’odeur de l’école. L'odeur de la peinture. L'odeur des autres enfants, de leur méchanceté et leurs sarcasmes.

Quand j'étais petite, je faisais la collection des cailloux. Je les aimais tous. Des galets gris et moches qu'on ramassait près du lac jusqu'aux  pierres de toutes les couleurs que l'on achetait dans les magasins. De l'améthyste à l'oeil du tigre, je les avais toutes et je connaissais leurs noms. Mais je n'aimais pas les bijoux. Il m'est arrivé de pleurer quand le père Noël insidieux m'offrait des colliers au lieu de m'apporter de vrais jouets.

Quand j’étais petite, je n’aimais pas les poupées. J'aimais mon garage avec son toboggan que les voitures pouvaient descendre à toute allure. Pendant que mes sages cousines construisaient des univers idylliques pour êtres en plastiques, je mettais de l'essence, je faisais des supers dérapages et je laissais mes voitures se reposer au parking durant la nuit. Plus tard, je n’ai jamais rien tant aimé que les voitures qui changeaient de couleur...

... Et maintenant que je suis grande... Maintenant il y a du rose partout dans ma chambre, dans mes vêtements, et jusque dans mes draps. J'ai peur de conduire et je suis à peine foutue de distinguer une R5 d'une porsche. Je me lève aux aurores chaque matin pour aller travailler dans une maternelle.  Et pourtant... je passe toujours des heures à rêvasser devant les grues. Je n'aime toujours pas les bijoux et je préfère encore une bonne partie de Crazy Taxi à une séance de maquillage gratuit chez Séphora. Je passe encore des heures devant les Walt disney en me nourissant exclusivement de glaces. Je suis encore capable de rire aux éclats quand quelqu'un se vautre dans la rue et de péter les lattes du lit à force de sauter dessus.

Grandir, gagner sa vie, d'accord. J'ai du faire quelques concessions à cette petite fille qui n'en faisait jamais. Mais j'ai cette chance de me souvenir de tout, et de tenter quand je peux de lui rester fidèle et de ne pas être qu'une de ces adultes qui ne comprend décidément rien à rien.

Commentaires

J'aime bien ce billet :-)

Les voitures qui changent de couleurs lorsqu'on les passe à l'eau chaude ou froide...C'était une chouette nouveauté.Je me souviens aussi que les voitures HotWheels étaient de meilleure qualité que celles de Majorette.

Ecrit par : Philesb | 24.12.2008

Merci !
Ah les petites voitures comment c'était trop bien... je suis sûre que personne va m'en offrir pour Noyel c'est nul :p

Ecrit par : Netzah | 24.12.2008

Billet nostalgique, en cette période qui l'est souvent un peu...J'aime beaucoup ces tranches de vie que tu nous expose,les contradictions de l'existence et de l'enfance, ces petits riens dont on se souvient toujours avec beaucoup de tendresse.
Quand j'étais petite je voulais être dresseuse de dauphins; je faisais l'équilibre contre le mur dans la cour de récré, au lieu de jouer à la corde à sauter; je lançais mes chaussures en l'air et je les rattrapais avec la pointe du pied; je parlais aux dryades dans les arbres; quand j'étais petite j'étais capricieuse, gâtée, égoïste, cruelle avec ma première soeur, mais personne d'autre que moi n'avait le droit de lui faire de la peine, sinon je le réduisais en bouillie.
Et une nuit, je me suis habillée en Wendy, et j'ai attendu Peter Pan en veillant près de ma fenêtre; toute la nuit...

Ecrit par : Elea | 25.12.2008

@Eléa:Merci !
Et Peter tu l'as vraiment attendue ? Ce petit chenapan ne vient que chez ceux qui ne l'attendent pas... quand à moi, je ne désespère pas de le voir un jour !

Ecrit par : Netzah | 26.12.2008

Vi, et si tu savais comme j'ai été déçue...J'ai fini par m'endormir près de la fenêtre.

Ecrit par : Elea | 27.12.2008

Avec la grippe en perspective ? Sacré Peter, il a du bien rigoler ;)

Ecrit par : Netzah | 27.12.2008

confondre une R5 et une porsche, tu aurais pu réviser avec tes petites voitures dans ton garage quand même !! bon sinon tu as demandé la super grue top génial pour noel ?

Ecrit par : eldiablo | 30.12.2008

@eldiablo: même pas ! on m'offre des trucs de filles c'est bien ça le problème :p

Ecrit par : Netzah | 30.12.2008

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