28.11.2008

A toi #2

Ce texte fait suite à celui-ci, j'ai repris l'idée de Marie-Laetitia d'aprofondir mon sujet...

Dans la lumière sombre et bleutée de cet après-midi calme, pas un bruit ne filtre.sad landscape.jpg

Rien.

Rien que moi. Le silence. Le goût du café sur mes lèvres.

Et ton absence qui résonne en moi comme résonnent encore dans ma tête les cris dans les couloirs de l’hôpital.

Combien de temps cela fait-il maintenant ? Un mois ? Un jour ? Un an ?

Cela m’importe peu.

La douleur de ton absence efface en moi toute notion du temps. Toute rationalité.

Je me dirige vers la fenêtre et je touche le rideau épais. Je n’ai même pas la force de l’ouvrir pour voir la lueur du jour. Alors je rallume une cigarette et je regarde la fumée bleue étirer ses volutes et s’écraser sur le velours sombre.

Parfois, tu sais, je me dis que l’enfant sauvage en moi existe encore. Une partie de moi reste cette petite fille farouche au regard noir. Inadaptée. Insoumise. Quand je pense à elle, et quand je pense à celle que je suis devenue, je me demande ce qui a bien pu arriver. Dans quelle faille je suis tombée. Je me demande parfois si depuis ta mort, je ne suis pas morte aussi. Si l’étincelle au fond de mes yeux sombres n’a pas été engloutie sous des milliers de larmes.

Dans la lumière sombre et bleutée de cette après midi calme, j’entends au loin des cris d’enfants.

Ouatés.

Comme dans un rêve.

Pourtant ici, il n’y a rien.

Rien que moi. Le silence. Le goût du café sur mes lèvres.

Et un autre goût amer. Celui qui me souffle qu’aucun de ces enfants n’est toi.

Tous ces enfants normaux, éclatants de santé, aucun n’est celui qui tu aurais du être.

Toi, l’enfant de mes nuits. L’enfant de mes chagrins.

Jamais tes petits pieds n’auraient pu courir pour rejoindre les autres enfants.

Jamais tu n’aurais pu te lever pour te jeter dans mes bras.

Jamais tu n’aurais sauté, dansé, joué comme le font tous les autres enfants.

Parfois, je me dis que je devrais les haïr. Détester ces enfants si beaux, si parfaits.

Mais à quoi, bon puisqu’aucun n’aurait été toi.

Alors je reste ici. A boire café sur café. A fumer cigarette sur cigarette. Les heures s’écoulent, le temps passe. Mais moi je reste ici.

Parfois, tu sais, je me revois enfant. Petite, j’étais timide. Renfermée. J’ai toujours senti qu’il me manquait quelque chose. Ou quelqu’un. Comme une plaie ouverte. Je m’imaginais souvent qu’un ange viendrait m’emmener. Je pensais que si je fermais les yeux très fort, mon dos s’ouvrirait et des ailes y pousserait. Comme ça je pourrais m’envoler et partir à la recherche de ce qui n’était pas là. Et quand j’ai su pour toi, j’ai cru que ça y était. Que mon attente était terminée. Qu’on m’avait enfin envoyé l’ange qui devrait veiller sur moi.

Dans la lumière sombre et bleutée de cette après-midi calme, pas un bruit ne filtre.

Sous le silence feutré des rideaux lourds, je suis seule et j’attends.

J’attends que passent les heures.

J’attends que passe la douleur.

J’attends que passe ce foutu mois de novembre et les jours qui l'accompagnent.

J’attends ce jour où je n’aurais plus à penser à toi.

Ce jour où ton absence, le remord et la culpabilité qui me rongent cèderont la place à d’autres espoirs. Une autre vie. D’autres enfants peut-être.

Mais pour l’instant, je pense à toi.

L’enfant qui n’aurait pas été comme les autres.

L’enfant qui aurait été le mien.

Toi, l’enfant qui ne connaîtra jamais le mois de novembre et ses lueurs sombres.

Je porterai ton souvenir en moi bien après l’hiver.

Commentaires

joli texte teinté de mélancolies certes
on peut voir ca aussi comme un hommage
ou un appel

Ecrit par : gabin | 28.11.2008

hum

Ecrit par : sandrine | 28.11.2008

@gabin: merci. Un appel... je ne crois pas non. L'hommage effectivement serait plus proche
@sand: tu peux développer bichette ?

Ecrit par : Netzah | 28.11.2008

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