22.11.2008
A toi
Pour dissiper tout malentendu, je tiens à préciser que ce texte est une FICTION.
Je marche depuis des heures dans le froid glacé de l’automne. Sous mes pas mal assurés, les feuilles mortes crissent et laissent des traces de rouille sur les pavés parisiens. Mes larmes ne coulent plus depuis longtemps. Ou peut-être se sont elles transformées en cristaux glacés que mes joues desséchées n’arrivent plus à sentir.

Cela fera bientôt un an.
Derrière moi, j’entends tes petits pas courir dans les feuilles mortes. J’entends tes petites mains les ramasser pour les collectionner et me les offrir avec un sourire démesuré. Puis j’entends ton pied qui glisse et qui dérape. Je me retourne pour t’aider, mais derrière moi le parc est vide. Seuls quelques oiseaux me regardent d’un air hagard. Le vent soulève les feuilles.
Cela fera bientôt un an.
Je reste figée au milieu du parc. Seule. Mon ventre me paraît encore douloureux. Il est étrange que mon corps porte encore en lui la trace de cette absence que mon esprit n’arrive même plus à appréhender. Il faudrait que je me retourne, que j’avance. La nuit va tomber. Il faut aussi que je pense à lui. Il va finir par s’inquiéter.
Cela fera bientôt un an.
Mes bottes claquent sur les pavés. Seul ce rythme lancinant produit par mes pas me rappelle que je suis en vie. Je passe devant un café, celui dans lequel lui et moi allions souvent au début de notre amour. Sans trop savoir pourquoi, je pousse la porte.
Cela fera bientôt un an.
Dans le bar, il n’y a que moi qui suis seule. Partout, des couples, des familles. Je regarde dans la vitre. Je te vois. Tes petites mains tentent de s’agripper au bol de chocolat chaud. Tu veux boire tout seul. Tu veux toujours tout faire tout seul. Ton sourire qui chavire mon cœur s’étend enfin quand tu arrives d’un bras tremblant à boire ta première gorgée de chocolat. Je te regarde, fière comme toutes les mères. Comme la plus heureuse de toutes les mères.
Cela fera bientôt un an.
Mon téléphone sonne pour la troisième fois déjà. C’est lui. Il s’inquiète. Il a peur pour moi. Toujours. Lui aussi a le cœur gros, je le sais. Je devrais pouvoir lui en parler, me blottir dans ses bras, me laisser réconforter par sa chaleur et son amour. Mais je ne peux pas. Car où que mes pas me portent, où que j’aille, tu es là. Toi, l’enfant idéal. L’enfant parfait. L’enfant qui n’est parfait que parce qu’il n’a vu le jour que pour le quitter aussitôt. Toi, l’enfant de mes nuits et de mes douleurs.
Cela fera bientôt un an.
Les anniversaires, les heurts, les chagrins et les je t'aime. Tout ça, tu ne le connaîtras pas. Toi qui ne connaîtras jamais la lueur de novembre. Toi qui ne joueras jamais avec les feuilles mortes, les premières neiges, les premiers boutons d’or. Toi qui ne sentiras jamais le soleil brûler ta peau, le sable te réchauffer et la mer bercer doucement tes plus belles rêveries. A toi que je n’ai pas connu, que je n’ai même pas eu le temps d’aimer, ni de serrer dans mes bras. Toi, mon enfant mort.
Toi, mon enfant parfait.
17:00 Publié dans Coup de blues | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : fiction, maternité, enfant, dépression, mélancolie, automne





Commentaires
Très beau texte.
Ecrit par : Odidi | 22.11.2008
Merci ma belle.
Ecrit par : Netzah | 22.11.2008
Vi pas forcée de l'avoir vécue pour l'imaginer cette douleur. Joli texte. Tu devrais creuser encore, je trouve, il y a de la matière là.
Ecrit par : Mariléti | 23.11.2008
Désolée... et merci.
Creuser ce texte là tu veux dire ou ce thème ?
Ecrit par : Netzah | 23.11.2008
Ce texte là, l'étoffer, lui donner un avant et un après, te laisser porter par ton personnage et voir si d'autres émergent
Ecrit par : Mariléti | 23.11.2008
C'est intéressant.. je vais y réfléchir. Sauf qu'écrire ce texte m'a déjà mis dans un tel état que j'ai vite posté pour vite ne plus y penser ! Mais c'est vrai que la continuité n'est pas mon fort... quand j'aurais le temps j'essaierai de suivre cette idée là.
Ecrit par : Netzah | 23.11.2008
déjà que mon dimanche a été des plus déprimant! merci :)...très bien écrit tout de même!
Ecrit par : zygaena | 23.11.2008
@zygaena: oui je sais j'ai décidé de déprimer tout le monde aujourd'hui^^
J'espère que ton lundi sera meilleur (moi c'est mal barré !)
Et merci ;)
Ecrit par : Netzah | 23.11.2008
Oulah !!! Effectivement il y avait un moment que je ne t'avais pas vu écrire ce genre de chose...
Ecrit par : bob | 24.11.2008
Oui, depuis "à l'absent" en quelque sorte... J'aime bien écrire des choses déprimantes adressées à quelqu'un qui n'existe pas ^^
Et c'est pas parce qu'on écrit du triste qu'on est réellement triste.
Ecrit par : Netzah | 24.11.2008
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