28.09.2008

Génération Peter Pan

 

Le syndrome de Peter Pan (parfois nommé complexe de Peter Pan) caractérise les enfants angoissés par l’idée de grandir et les adultes socialement immatures. « Choisir une vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de grosse télévision. »

Devenir adulte, en quelque sorte. Dans ce monologue de Danny Boyle qui a fait le tour du monde se reflète l’angoisse qui est celle de toute une génération. Chez les trentenaires d’aujourd’hui, on entend souvent parler de “nostalgiques”, “d’adulescents”, bref, d’adultes qui ne s’assument pas et cherchent désespérément des repères dans le monde de leur enfance ou les mondes virtuels. J’ai entendu tous les qualificatifs pour définir cet état qui pourrait être générationnel : “génération sacrifiée”, “génération perdue”, “génération Y”, “Génération Peter Pan.” Et en effet, qui mieux que Peter Pan pourrait représenter cette fuite devant l’âge adulte ? Cet enfant éternel qui considère ceux qui grandissent comme des traitres, qui voudrait rester pour toujours un petit garçon et toujours s’amuser ? Peter Pan bronze.jpg

Certains comme Dan Kiley, ont été jusqu’à prêter ce nom à un syndrome, comme si vouloir garder l’enfant en soi était une maladie. Il existe même des sites qui traitent de cette “maladie”, ils mettent en garde les parents contre leurs enfants qui refusent de grandir, ils expliquent à certaines femmes que leur maris sont gravement malades. Ce qui me dérange un peu, c’est que j’ai l’impression de me reconnaître dans chacun de ces symptômes, ainsi que les trois quarts des gens que je fréquente. Donc de deux choses l’une, soit nous sommes tous barges, soit il faut accepter que cette maladie n’en est pas une, tout au plus un phénomène générationnel. Pour moi, un adulte qui a toujours sa DS dans son sac n’en reste pas moins un adulte et une personne à qui on peut confier des responsabilités.

Alors comme je ne peux pas parler pour toute une génération, je peux au moins parler pour moi. Oui c’est vrai, je connais par coeur tous les génériques des dessins animés des années 80. J’ai grandi avec Jayce et les cités d’or, j’ai mille fois rêvé d’aller avec Arkana sauver le shagma ou de rentrer dans la bulle bleue de Clémentine. Mais voilà, un jour, il a fallu grandir. Il a fallu choisir. La réalité a surgit devant nous comme un diable sort de sa boîte. Du jour au lendemain ou presque, notre enfance était terminée. Je fais partie de ceux qui ont refusé pendant longtemps de passer ce cap. Traîner la patte pour trouver un boulot ou un appart, ou même attendre presque 30 ans pour passer le permis. Et pourtant…

Etre adulte, je n’aspire qu’à ça. J’aimerais moi aussi avoir des rêves simples, prendre un crédit sur 25 ans, avoir pour seule angoisse la taille de l’écran de mon futur home cinéma. Oui mais malheureusement, tout n’est pas aussi simple. Est-ce que le nombre d’hectare de notre future maison ou les trois enfants qu’on planifie d’avoir détermine notre capacité à être adulte? Etre adulte revient-il à oublier ce qu’on a été quand on était enfant ? J’ai beau avancer dans le temps et souffler bougie après bougie, j’entends toujours la voix d’une gamine qui me demande où sont passés mes rêves d’enfant. Que ce n’est pas comme ça que je m’imaginais à 30 ans. Peut-être, comme Peter Pan, j’aspire à encore un peu de cette enfance, de ce temps de l’insouciance dont on m’a tiré brutalement pour remplir mon rôle dans la société. Car dans notre monde, pas de place pour un Neverland ou des fées capricieuses. Ici, les enfants perdus n’ont d’autre choix que de grandir tant bien que mal, remplaçant souvent les jeux avec les indiens contre d’autres bien plus violents.

Et même si, pour écrire cet article, je me suis plusieurs fois retrouvée au bord des larmes en voyant les images des dessins animés ou des histoires de mon enfance, je ne voudrais pour rien au monde renier cette partie de moi. Même si ça me fait passer parfois pour une gamine, une femme-enfant, quelqu’un qui a peur de «sauter le pas» vers l’âge adulte, je ne voudrais pour rien au monde renier cet héritage qui est à la fois notre passé et notre culture. Car je crois sincèrement que l’on peut devenir adulte et assumer ses responsabilités sans renier cette part d’enfant que nous avons tous en nous. Si après tout, devenir adulte ce n’était pas changer du tout au tout, mais juste endosser un nouveau rôle, ajouter une étape de plus à ceux que nous sommes déjà ?

... les débuts

Et oui, plus que deux jours avant la fameuse rentrée des classes. Ce jour apparemment anodin pour la plupart des êtres humains le devient beaucoup moins quand on est prof (ou enfant certes, mais comme eux n’écrivent pas d’articles je ne les compte pas ici), et à plus forte raison prof débutante.

Marelle.jpg Comme je vais commencer ma première année, je n’ai pas encore de longue expérience à transmettre ou d’idée de génie qui va révolutionner le monde de l’éducation. Par contre, je peux revenir sur mon parcours de l’an dernier en tant que prof stagiaire. Dans cette merveilleuse année d’IUFM*, nous les instits débutants avons 3 stages en « responsabilité » à faire sur le terrain ; comprendre qu’on nous balance dans une classe sans formation préalable et avec pour seule consigne : « démerdez-vous ». Voici donc un condensé de ce qu’a été mon quotidien l’an passé…

Stage n°1. Tout d’abord, et pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut que je vous avoue que je ne suis pas de celles qui ont grandit avec « la vocation »; qui dès petite se voyaient en Laura Ingalls faisant la classe avec une jupe plissée, des petites lunettes carrées et les mains pleines de craie. Non, moi je me voyais bien pilote de ligne, rock star ou bien dessinatrice de mode. Autant dire que, n’ayant percé dans aucune de ces carrières, j’ai du me rabattre sur un choix que je n’avais jamais vraiment envisagé. Or un jour, il faut bien se nourrir, et j’ai donc passé le fameux concours. Mais c’était en me faisant la promesse que quoiqu’il arrive, je me spécialiserai en maternelle et uniquement en maternelle. Pourquoi ? Allez savoir. Je trouvais sans doute que les petits étaient plus mignons, qu’en cas de crise ils seraient plus faciles à maîtriser ou le cas échéant à être attachés à un porte manteau. Je ne savais pas encore à cette époque combien j’avais tort… Toujours est-il que pour mon stage filé*, je me suis retrouvée en CE2 dans une des écoles les plus médiatisées ces dernières années, et pas vraiment parce qu’il y fait bon vivre… Très rapidement, mon vocabulaire s’est enrichi de douces répliques telles que « tain vas-y maîtresse y’me traite ma mère alors moi j’lui ai fait bouffer ses dents quoi ». Petit à petit, la sensation de détresse s’est transformée en « rha putain j’en peux plus je vais retourner chez ma mère et devenir cueilleuse de chèvres et éleveuse de framboises. Ou le contraire. » Mais heureusement pour moi, j’ai appris que le prochain stage serait en maternelle…

Stage n°2. 30 monstres de 4 ans, pratiquement que des garçons, et encore une fois mes grands principes sont bousculés. Il faut croire que c’est génétique, les garçons fabriquent des pistolets en légo, dansent la tecktonik en cour de récré et règlent leurs conflits à grand coups de poings à travers la gueule. Tous les matins pendant 3 semaines, les enfants m’ont demandé quand le vrai maître reviendrait et, fait plus alarmant, au bout de quelques temps les parents se sont mis à me le demander aussi. Assez rapidement je dois dire, mes nerfs se sont mis à lâcher. Après deux semaines de gastro-rhino-rhumo-pharyngite et de nuits de 4 à 5 heures, j’ai complètement craqué. Je me suis mise à pleurer pour n’importe quoi, à m’endormir dans le métro tous les matins et j’ai hésité à prendre des renseignements sur les poursuites pénales en cas de meurtre sur enfant. Dieu merci, c’était la dernière fois de l’année que je mettais les pieds en maternelle.

Stage N°3. Dans ce stage un peu particulier, je vais me contenter de relater l’essentiel et passer sous silence certains évènements lamentables comme cette fois où je me suis pissée dessus en salle des maîtres. Je vais plutôt vous parler de ma rencontre avec un enfant « dyspraxique » - un handicap que je ne me hasarderai pas à expliquer ici étant donné que je le comprend toujours assez peu - de surcroît prénommé Elvis. Comme quoi, Coluche avait raison, tous les hommes naissent égaux mais certains le seront plus que d’autres. Le jour de mon arrivée, j’ai croisé l’ancienne maîtresse d’Elvis qui m’a dit que « j’allais m’amuser car l’AVS* venait de terminer son contrat». Ce à quoi elle a ajouté « Mais ça va aller tu verras, Elvis est « attachiant ». (sic) Et j’allais vite comprendre pourquoi. En effet, ce petit bonhomme s’exprimait dans un langage assez évolué et n’était pas avare en répliques cinglantes et pleines de bon sens. Il lui arrivait même parfois de se lever afin de réclamer le silence à la classe car « on ne s’entendait plus parler » et me proposait régulièrement de jouer une petite chanson sur sa guitare imaginaire. La première fois ça surprend et ça amuse, au bout d’un moment ça agace. Dans la dernière semaine, et malgré une très bonne entente en dehors de la classe, les choses ont commencé à se gâter entre « le king » et moi. Il s’est mis à me faire des choses qu’il n’avait jamais faites avant, à savoir foutre le bordel en classe, frapper les autres élèves, et petit cadeau spécial fin de stage, il se roulait en boule dans un coin en prenant sa tête dans les mains et se mettait à pousser des hurlements suraigües. J’en suis arrivée à la conclusion que de deux choses l’une, soit j’avais le super-pouvoir de transformer les dyspraxiques en autistes, soit qu’Elvis sans AVS, aussi attachant soit-il, c’était chiant tout court.

Alors plus beau métier du monde ou pas, je vous donnerai mon avis en juillet prochain, si je ne me suis pas reconvertie en chasseuse de castors lapons d’ici là !

*Lexique franco/éducation nationale :

(bien qu’ayant essayé de réduire au maximum les acronymes imbitables dont l’éducation nationale se délecte, j’ai dû malgré tout utiliser quelques mots de ce langage barbare)

IUFM : Institut universitaire de formations des maîtres, endroit où (paraît-il) on apprend aux profs à le devenir. Cette définition reste néanmoins à prouver.

Stage filé : Autre moyen de torturer les stagiaires en leur donnant une classe tout seul une fois par semaine.

AVS : Assistante de vie scolaire, elle s’occupe généralement des élèves handicapés.

A l’absent

07h03. Le réveil a sonné plusieurs fois déjà. Dehors, il fait encore nuit. Je m’étire et je frissonne dans le petit matin de novembre. Au dehors, tout est calme. Seul le tic-tac régulier de mon réveil me rappelle que je ne dors pas, que bientôt il faudra se lever et affronter l’aube froide. Je tourne et me retourne dans mon lit à la recherche d’un peu de chaleur. J’étend mon bras, et du bout des doigts je caresse l’oreiller. Ma main glisse sur des draps lisses et froids. A l’autre bout de mon lit immense, tu n’es pas là.

hopper_edward_morning_sun1.jpg12h 25. Pendant la pause déjeuner, la salle est toujours aussi bruyante. Les gens parlent de politique, d’éducation. Il y a une guerre là bas, à l’autre bout du monde, le petit dernier arrive à manger tout seul maintenant, il paraît que bientôt, la pluie va s’arrêter de tomber. A l’autre bout de la salle, une fille est suspendue à son téléphone. Son sourire s’étend jusqu’aux oreilles. Elle parle avec lui. Elle l’appelle chaque jour et lui raconte tout, de ses petites désillusions quotidiennes jusqu’aux rares joies qui lui permettent d’avancer. Elle sait que ce soir, il sera là.

En rentrant, elle pourra sauter dans ses bras, l’embrasser avec ardeur ou bien simplement s’assoir près de lui et serrer sa main brûlante contre la sienne. Ce soir, à son tour il lui racontera ses échecs et ses colères, et puis les moments où il s’est senti capable de soulever des montagnes. Ensemble, ils se sentiront bien, aimés, remplis de force pour affronter les jours heureux et les moments difficiles. Je sors mon téléphone de ma poche. Sous mes doigts immobiles, mon écran reste noir.

Les minutes s’égrainent, passent les heures, les jours et les semaines. Mais toi, tu n’es pas là.

18h40. De retour à la maison. Je me sers un verre, j’appuie ma tête sur le canapé. Je repense à une anecdote qui m’a fait rire aujourd’hui, à tout le travail qu’il me reste encore à faire pour demain. Je tourne la tête comme pour te parler, mais dans mon salon désert il n’y a rien. Rien que moi et mon ordinateur, quelques livres ouverts et en bruit de fond la télé qui s’anime. Tu n’es pas là.

21h48 : Le restaurant est plein à craquer. Partout, les gens parlent et rient fort. En face de moi, les couples s’embrassent, leurs mains caressent leurs mains et leurs regards se frôlent. Je sens comme un vide en moi. Même parmi ceux que j’aime, même noyée dans la foule, il me manque toujours quelque chose. A côté de moi, la chaise est vide.

Les minutes s’égrainent, passent les heures, les jours et les semaines. Mais toi, tu n’es pas là.

1h15 : Les aiguilles de mon réveil sont si lentes qu’elles me semblent tourner à l’envers. Je devrais dormir. Je devrais en être capable. Je devrais tenir, me convaincre que les lendemains sont encore pleins de promesses. Dans la rue des talons claquent sur le sol. J’imagine une autre fille rentrant seule, ses pas solitaires la ramenant vers une vie qu’elle ne comprend plus. Mais j’entends aussitôt son rire cristallin résonner dans la rue et la voix chaude d’un jeune homme se mêler à la sienne. Leurs pas s’envolent comme s’envolent les secondes de mes nuits blanches. Je tourne et me retourne dans mon lit. Je serai fatiguée demain. Et toi, tu ne seras pas là.

03h52: A quoi bon rester là des heures puisque je n’arrive pas à dormir. Je me lève et je marche vers la fenêtre. J’allume une cigarette et sa fumée fuit en volute vers le ciel noir comme fuient mes larmes quand je pense à toi. Toi qui n’est pas là. Toi qui n’est pas là pour me prendre dans tes bras. Toi qui n’est pas là pour me soutenir quand je flanche, ni pour me dire que je suis belle quand je n’ose même pas sortir. Je pense aux mots que tu devrais me dire, aux caresses que tu devrais me faire. Mais tu n’es pas là. Toi qui soi-disant m’attend quelque part, au détour d’une rue, ou peut-être dans un bar glauque qui sent la sueur et d’alcool au petit matin. Toi que je n’ai pas toujours pas rencontré. Ton absence me dévore comme me dévore le temps qui s’écoule, qui file entre mes mains sans que j’arrive vraiment à le vivre car chaque jour me remplit un peu plus de ton absence.

Les minutes s’égrainent, passent les heures, les jours et les semaines. Mais toi, tu n’es pas là.

Faut-il avoir honte d’être français ?

Quand j’étais ado, je trouvais qu’être française, ça « craignait trop grave sa reum ». Quand on me posait une question sur mes origines, j’extrapolais vaguement sur le passé de ma famille en me prétendant Algérienne ou juive selon les cas, italienne ou espagnole les jours où je me sentais plutôt Européenne.

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C’est l’avantage d’avoir un physique méditerranéen : selon le niveau de bronzage on peut passer pour être originaire d’à peu près n’importe quel pays du Sud. Et force est de constater que ça marchait. Les maghrébins me considéraient immédiatement comme l’une des leurs, allant parfois jusqu’à me parler en arabe (ce qui soit dit en passant me foutait bien dans la merde parce que mes connaissances dans cette langue se limitent à savoir dire « t’as pas une clope? » en dialecte Oranais). Ça faisait aussi son petit effet sur les mecs : ça fait toujours classe de dire qu’on sort avec une espagnole ou une séfarade.

Le fait est que, malgré de vagues origines remontant à mes arrières arrières grands-parents, je suis belle et bien française. Mais alors, pourquoi en avoir honte? Qu’est-ce qui est moins digne dans le fait d’être française que dans celui d’être Russe ou Africaine? Est-ce qu’il vaut mieux venir d’un pays du tiers-monde pour comprendre ce qu’est la souffrance ? Ou vaut-il mieux avoir dans ses veines l’exotisme des pays du Nord pour faire fantasmer les hommes ? Cette idée me laisse aujourd’hui dubitative. Pourquoi aurais-je honte d’être française quand les autres sont fiers de leur pays ?

Combien de fois n’ai-je pas entendu des ados de la 3ème voire 4ème génération se proclamer fièrement marocains ou tunisiens alors qu’ils ne parlent pas un mot d’arabe et ne savent que très vaguement situer l’autre côté de la méditerranée sur un planisphère ? Pourquoi est-il plus « cool » d’être algérienne que française? Il suffit de se rendre dans quelques pays alentour pour se rendre compte que cette honte de la nationalité de naissance est rare voire inexistante ailleurs.

Au Canada, en Angleterre, aux Etats-Unis, on chante l’hymne de son pays à l’école tous les matins. Alors je vous l’accorde, la Marseillaise n’est pas la chanson la plus douce que je connaisse, mais elle fait néanmoins partie de notre patrimoine et de notre histoire. En quoi est-il plus humiliant de brailler sur un stade de foot « allons enfants de la patrie » que « god save the queen? »

Certes, les français ont leurs défauts. Nous sommes indisciplinés, nous avons la réputation d’être sales et sans gêne, mais est-ce qu’on ne peut pas appliquer ces qualificatifs à d’autres touristes en goguette sur nos plages? J’ai plusieurs fois entendu dire qu’être français ça craignait parce que la France est un pays raciste. Encore une fois, je reste perplexe. Nous avons toujours eu une politique d’immigration parmi les plus souples en Europe (voire dans le monde), nous sommes l’un des pays européens qui pouvont le plus nous vanter de cette mixité ethnique qui fait à la fois notre fierté et notre richesse, et nous avons souvent ouvert nos frontières aux immigrés. Bien sûr, on en connaît les raisons ; la France avait besoin de main-d’œuvre et ces immigrés ont souvent déchanté devant la réalité. Pour beaucoup, le rêve français s’est rapidement brisé comme le rêve américain…

Mais est-ce que pour autant nous sommes un pays fasciste ? Quand je vois certains de nos pays voisins (sans viser personne bien sûr), je pense qu’il faut parfois aussi considérer la poutre dans l’œil du voisin. Alors oui c’est vrai, depuis quelque temps Brice Hortefeux vient foutre en l’air mon bel argumentaire. Mais est-ce qu’on doit accabler un peuple à cause de son gouvernement ? Tous les américains sont-ils des bêtes assoiffées de sang irakien qui veulent tous aller combattre l’axe du mal, ou est-ce juste l’œuvre d’un seul homme et de quelques uns de ses suiveurs? Car je suis peut-être encore naïve de croire que nous sommes toujours en démocratie et que ceux qui pensent différemment ont le droit de s’exprimer.

Et maintenant que j’ai un peu vieilli, je n’ai plus aucun complexe à dire que j’aime la France, pour ses paysages certes, mais aussi pour certaines valeurs qu’elle a toujours su véhiculer, que ce soit la laïcité, les droits de l’homme ou un certain désir d’égalité. Je sais que ces valeurs sont loin d’être toujours respectées , mais encore une fois j’aime à croire que certaines personnes y sont encore attachées et se battront pour les faire respecter. Il y a sans doute mieux ailleurs, mais n’oublions pas qu’il y a bien pire aussi. Car il n’empêche que le pays dans lequel on grandit, et ce quel qu’il soit, forge en partie notre culture, nos connaissances, nos valeurs et nos mœurs.

Et dévaloriser son pays ne revient-il pas finalement à se dévaloriser soi-même?

 

Si t’es fier d’être parisien(ne)…

Ah ! Paris… Paris capitale culturelle, ville lumière. Paris qui ne dort jamais, Paris et ses quais aux soleils couchants, Paris la belle, Paris l’éternelle…

paris.jpg Ou du moins, telle a été la vision de Paris que mes yeux énamourés de provinciale ont connu pendant un temps. Pourtant, après une décennie parisienne, l’émotion s’émousse un peu et on commence à se demander si finalement nos parents n’avaient pas raison et si les habitants de la capitale ne ressemblent pas un peu aux clichés dont on les affuble régulièrement… et puis aussi si on est pas devenus un peu comme eux. Voici donc mon enquête exclusive sur la vraie vie des parisiens.

Cliché N°1: Les parisiens sont querelleurs.

Mardi, 18h, piscine municipale du ** arrondissement. Bonnes résolutions et mort à la cellulite, ça y est c’est décidé je vais enfin à la piscine. En plus pour une fois j’ai pile la monnaie pour payer le ticket. Mais soudain, arrivée devant le vestiaire, c’est le drame… « Depuis quand faut-il une pièce de 50 centimes pour aller à la piscine? » Pensais-je tout haut. « Depuis toujours », me répond une parisienne énervée. Enfin, une parisienne quoi. Je me dirige courageusement vers la caisse pour exposer mon problème avec toute la courtoisie dont je suis encore capable après une journée de taf.

Après tout je viens d’acheter mon ticket, donc la caissière aura donc forcément de la monnaie et pourra bien me rendre ce petit service. Après un quart d’heure de parlementation et de morale sur le fait qu’il faut TOUJOURS avoir une pièce de 50 centimes sur soi quand on va à la piscine, je désespère et commence à penser que soit elle vient de se faire braquer sa caisse soit qu’elle bouffe toutes les pièces de 50 centimes qu’on lui donne.

C’est alors qu’arrive Johnny Depp, ou du moins son sosie, qui vient présenter la même requête que moi à la caissière récalcitrante, muni de son plus beau sourire. Ni une ni deux, cette traîtresse lui met la pièce tant convoitée dans les mains. Sous mon regard glacial, elle n’a d’autre choix que de me tendre le saint-graal qui me permettra enfin de batifoler gaiement dans les flots chlorés. Je finis donc par arriver dans l’eau, tout de même un peu échauffée. Pauvre innocente que je suis, je me lance joyeusement dans le couloir « nageur rapide ». Au bout de la 4ème griffure d’ongle de gros orteil et du 15ème coup de coude, je me décide à aller chez méméland où au moins on me foutra la paix. Et pour exprimer mon mécontentement, je me fraie un chemin à grands coups de pied pour éliminer tout être humain qui ose croiser mon chemin. La prochaine fois, je ferai des abdos chez moi.

 

Cliché N°2 : Les parisiens sont malpolis

Mercredi, 14h27, station vélib de Montparnasse. Ça fait un quart d’heure que je bataille avec mon pass navigo : impossible de retirer un vélo. J’y comprends rien, j’ai pourtant payé mon abonnement en mars. Oui je sais on est en juin et je m’en suis pas encore servi, mais c’est pas ma faute si à Paris les hivers se terminent le 18 août pour reprendre le 20 septembre. Après plusieurs essais infructueux, je décide d’aller retirer un vélo à la borne et de perdre un euro par la même occasion (m’en fiche maintenant je vais économiser sur la piscine). Le temps de faire les manipulations nécessaires, les vélos de la borne se vident petit à petit. Une certaine fébrilité commence à m’envahir, il ne reste plus qu’un vélo (enfin si on excepte celui qui a déraillé et celui dont la roue forme un angle inquiétant avec le cadre.) Je tape mon code de carte bleue à toute allure quand enfin, la station vélib me propose de retirer le vélo 12. C’est là que les choses se gâtent. Comme dans un mauvais film d’horreur, tout se met à ralentir. Mon doigt s’avance vers la machine. Dans le coin supérieur gauche de mon champ de vision, j’aperçois une femme qui me lance un regard venimeux. Je tape le numéro du vélo pendant qu’elle sort son passe navigo. La panique m’envahit. Je voudrais crier « il est à moiiiiiii » mais trop tard, la femme dans un ultime plongeon a appliqué son passe sur l’attache du vélo. J’entends le petit « clic » caractéristique avant d’avoir eu le temps de valider. En me lançant un regard de triomphe, elle s’éloigne à grand coup de pédales. Elle a même l’audace de m’adresser d’un ton suave « c’est pour ça qu’il faut s’abonner ! ». Je m’apprête à lui rétorquer « Mais je suis abonnée connasse !!! » ; peine perdue, elle est partie et ma dernière chance d’arriver à mon rendez-vous à l’heure avec elle. La prochaine fois, je prendrai le métro.

 

Cliché N°3 Les parisiens sont partout !

Samedi, 20h33, dans le marais. C’est le week-end, youhou! Je vais au resto avec des copines pour fêter ça. L’intention est bonne, sauf qu’il est apparemment impossible d’y trouver une place pour manger à 3. Au bout de plus d’une heure d’errance, on finit au mac do des halles… La prochaine fois j’irai au ciné. (s’il reste des places…)

La même soirée, 00h48, aux halles. Je commence à être sérieusement bourrée et je vois tout en double, n’empêche que ça fait quand même beaucoup de monde dans les rues. Au bout de 3 boîtes pleines et de 2 refus pour « mauvaise tenue », on finit par atterrir dans un bar/boîte glauque avec 3 pelés ivres mort au comptoir. C’est tellement sordide qu’on ose même pas danser. Il ne nous reste plus qu’à aller faire 2 heures de queue à la borne de taxi en évitant les alcooliques et les transsexuels agressifs. La prochaine fois… Je resterai chez moi et je regarderai la star ac!

Lettre d'amour à un (presque) tricentenaire

La légende veut que Mozart, après avoir écouté seulement les quelques premières mesures du lacrimosa de son requiem, se soit effondré en sanglots et ait demandé à ses musiciens de s’arrêter, ne pouvant en entendre d’avantage.

Tout le monde sait que les   légendes et les contes sont faits   pour créer rêves et fantasmes  dans nos cerveaux avides   d’imagination. Que Mozart ait   réellement eu l’impression de   composer son requiem pour   lui-même, qu’il ait été jeté dans   une fosse commune sans la   moindre attention ni le moindre   admirateur, qu’il soit mort seul et   abandonné de tous, maintes fois   ces histoires ont été démenties,   mais elles n’en feront pas moins   rêver des générations d’enfants et d’adultes et leur feront, si tant est que ce soit possible, aimer le jeune prodige un peu plus encore.

Quand à moi, comme Mozart dans la légende, les larmpiano.jpges brûlent mes yeux dès que j’entends les premières notes de son lacrimosa.

Rien ne m’apaise plus que d’entendre la puissance de son Dies Irae, et je suis absorbée au travers des fines mailles des mesures habilement entremêlées dès les premières notes du Kyrie. Rien ne m’étreint plus le coeur que ce rythme, et quand les demi-soupirs se transforment en noires je cours avec elles et me dissous dans la musique.

Si j’aime tant Mozart, c’est qu’il est le premier à avoir su traverser la couche de mes préjugés et à me faire aimer la musique classique. Je m’en rappelle comme si c’était hier. J’étais assise dans une salle du conservatoire, dans un cours de solfège pour adultes qui tentaient de rattraper leurs lacunes musicales.

Comme à chaque cours, on s’ennuyait ferme. La prof, une russe un peu folle, nous serinait à longueur de semaine que la musique, ça n’était pas pour les adultes. Qu’à son avis seuls certains enfants méritaient d’apprendre, alors qu’il nous fallait bien admettre à quel point pour nous, c’était trop tard. Puis, après un long soupir, elle s’est rapprochée du vieux meuble où se tenait le poste décrépit et a glissé un cd à l’intérieur.

Et là, le miracle se produisit. La musique est rentrée en moi. Sans passer par mon cerveau, elle a emprunté un chemin que je ne connaissais pas pour venir se loger directement au plus profond de mon coeur. Là, dans cette petite salle mal éclairée pleine d’adultes désabusés, en entendant cette petite musique de nuit que je connaissais pourtant par coeur, j’ai pleuré.

Pour la première fois, à travers les rythmes réguliers et la construction presque mathématique de la carrure musicale, j’ai entendu non pas la musique, mais Mozart lui-même. J’ai entendu comme s’il était juste à côte de moi ce gamin un peu écervelé, un peu écorché vif. Dans sa musique si bien réglée, il suffit d’une seconde, d’un quart de soupir pour que l’âme de Mozart transparaisse au détour d’un bémol. Il suffit d’une simple appoggiature pour transpercer mon âme et me faire vibrer avec lui.

Et même si depuis ce jour, la musique et moi avons dû prendre des chemins séparés, même si j’ai du trouver un travail qui ne me permet plus d’y consacrer mes journées, la musique de Mozart ne m’a jamais quittée. En un an, j’ai tout écouté ou presque. Des Noces de figaro à sa musique religieuse, de ses sérénades au concerto pour clarinette que j’aime tellement, il fait désormais partie de ma vie.

Lui, et puis d’autres compositeurs bien sûr. Mais quand on me parle aujourd’hui de musique classique, c’est toujours son nom qui viendra en premier dans mon esprit.

Mozart l’enfant prodige, Mozart l’éternel adolescent en manque d’amour qui finissait toutes ses lettres à Constance par « Aime moi autant que je t’aime ». Pour elle, je ne sais pas ce qu’il en est, mais pour moi mon amour lui est tout acquis. A jamais.

To geek or not to geek

Mon entourage me taxe assez régulièrement d’être une geekette. Mais vous, oui vous qui passez une petite douzaine d’heures par jour sur le net, je suis sûre qu’un jour ou l’autre vous vous êtes posé cette question, suis-je ou ne suis-je pas un geek? mana-ID-blog 4.jpg

Bien qu’étant à mon sens une geekette du dimanche, je vais ici tenter de répondre à cette question épineuse en 5 points, de manière complètement personnelle, partiale et subjective. Voici donc ma liste personnelle de ce qu’il faut pour être un vrai geek. Tout à fait inutile… donc parfaitement indispensable.

Pour être un geek digne de ce nom, il faut :

Avoir le vocabulaire geek. Vous ne comprenez pas le sens de ce mot? Preuve en est faite, vous n’en êtes pas un ! Car le geek parle un langage qui lui est propre, le plus souvent tiré de l’anglais et de l’informatique. Si des mots ou expressions tels que newbie, DTC, troll, RTFM ou owned ne vous disent rien, avec un peu de chance vous êtes sauvé, vous avez sans doute une vie en dehors de votre écran. Certains geeks poussent même le vice jusqu’à écrire en leet speak de manière à ne pas être compris du reste de l’humanité. Un exemple en 1337: je ne suis pas Netzah mais N3724h.

(Pour développer son vocabulaire geek, c’est ici. Pour une traduction français/leet en ligne, c’est ici)

Avoir une culture geek. Tout geek digne de ce nom a bien évidemment écumé les mers de papier de Tolkien, Frank Herbert, Asimov et autres Pratchett. Personnellement, je lis actuellement la très bonne « trilogie » en 72 tomes (au moins) de Robin Hobb que je recommande à tous, geek ou pas.

Être équipé comme un geek. Ce qui sous-entend boycotter Windows, Internet Explorer et plus généralement tout ce qui est Microsoft pour se concentrer sur des systèmes open source de type Linux. Le geek saura aussi être à la pointe de la technologie : avec son iPhone dans la main, un lecteur mp3 dernier cri vissé aux oreilles et bien sûr l’indispensable eeepc dans son sac à dos, il pourra affronter le monde extérieur. Mais seulement s’il y est vraiment obligé alors.

Aller sur des sites de geek. Bien sûr me direz vous. Car comme Internet est son domaine, le geek doit y avoir ses repères. Voici donc une petite sitographie non exhaustive pour jeune padawan:

  • rue Montgallet pour tout ce qui est achat de matériel, parce que nulle part ailleurs ou presque on ne monte un PC avec autant de grâce et de vélocité,

  • Bash.fr, parce que cela reste tout de même une référence de la quote Internet (comprendre citation),

  • Musicovery, Deezer etc. Enfin bref, n’importe quel site où l’on peut écouter de la musique en streaming. Parce que pour un geek, payer pour de la musique, c’est mal.

Jouer comme un geek. Et c’est là où je touche aux limites de ma geekitude. Certes, j’ai déjà monté des réseaux à distance pour jouer à Warcraft avec un pote, certes chez moi il y a 2 DS, 2 Gameboy, une Super Nes, une PS2 et sans doute bientôt une Wii, pourtant l’univers du gamer à proprement parler m’est toujours resté obscur. Je n’ai jamais passé les heures joyeuses de mon adolescence dans un garage avec mes potes à faire des jeux de rôles, je ne passe pas mes samedi soirs à fragger des noobs, pire, il m’arrive même de sortir dehors dans la vraie vie avec des vrais gens (mais pas tous les jours je vous rassure). Car un geek digne de ce nom, avant même de se réveiller, il est déjà loggé. Normal, son PC n’est jamais éteint. Quand un vrai geek vous dit qu’il a « une sortie », il faut comprendre sur WoW bien entendu.

Les geeks sont généralement des êtres attachants et inoffensifs. Mais si pour une raison ou une autre, vous voulez un jour vous venger d’un geek, une seule solution, couper le câble qui le relie à Internet. (NB: ne fonctionne pas avec un geek connecté en wifi).

Alors voilà. La culture geek, j’adore, mais il me reste encore un peu de boulot pour prétendre entrer dans cette grande famille !

Le droit à la tristesse

Soit plus positive, allez souris, c’est moche une fille qui pleure, fais pas couler ton mascara, arrête ou tu vas avoir les yeux rouges, franchement je comprends pas de quoi tu te plains tu as tout ce qu’il te faut dans la vie, y’en a quand même des plus malheureux, bah quoi tu vas avoir tes règles c’est ça?

tristesse.jpg A toutes ces phrases que j’entends presque au quotidien, je dis MERDE. Merde à cette société où il faut toujours aller bien, merde aux hypocrites qui en toute circonstance affichent un sourire figé digne d’un film de Lynch, merde aux soi-disant amis qui ne sont là que quand tout va bien. Parce que non, on ne peut pas aller bien tout le temps. Et des fois on est déprimé sans raison. Et on ne devrait pas avoir besoin que quelqu’un soit mort, de s’être fait plaquer ou d’avoir un cancer en stade terminal pour avouer qu’on est triste.

Dans un monde où l’on est sollicité au quotidien, où il faut se battre pour le moindre boulot, pour trouver un mec, des amis, une place assise dans le métro ou un restau pas complet le samedi soir, il faudrait en plus être toujours au top ? Il faudrait arriver tous les matins toute pimpante dans sa plus belle robe, le sourire rayonnant, le maquillage impec et un moral d’acier ? Hé bien non. Je réclame le droit d’être triste, déprimée, comme ça sans raison. J’ai le droit d’être fatiguée, de ne pas avoir envie de sortir ni de faire la fête.

D’ailleurs je réclame le droit de préférer rester chez moi jouer aux Sims 2 devant la nouvelle star plutôt qu’aller dehors pour rencontrer des gens, même si ça doit faire de moi une pauvre fille, célibataire de surcroît.
Parce que oui, il m’arrive d’avoir des coups de blues. Et quelquefois, je ne sais même plus pourquoi j’ai envie de pleurer. Avant, quand un coup de cafard me prenait, j’avais tendance à appeler la terre entière pour épancher ma peine. Mais après toutes les gamelles que je me suis ramassées, j’ai pris l’habitude de la fermer dès que ça ne va pas. Je ferme la porte de chez moi pour ne voir personne. Je ferme la porte de ma chambre pour ne pas avoir à me justifier auprès de mon colloc. Je ferme le clapet de mon téléphone pour ne pas avoir à affronter l’incompréhension de mes amis. Parce qu’apparemment quand on est adulte, on a plus le droit d’appeler ses potes juste pour leur dire qu’on se sent triste, comme ça sans raison. Parce que les gens sont très occupés, qu’ils sont toujours sur le point de dîner ou de changer la couche de leur marmot. Parce que eux au moins, ils ont de vrais problèmes.

Et au boulot, n’en parlons pas… Quelques soient les différents endroits où j’ai travaillé, c’est toujours le même scénar. La collègue arrive le matin, fraiche comme un gardon, et en voyant mes yeux de merlan frit (oui je file la métaphore poissonière), elle me demande d’un ton compatissant : « Tu as une petite mine ce matin qu’est-ce qui t’arrives? »..
Dans ces cas là, deux options s’offrent à moi.

Petit a) : je lui réponds la vérité et je vois dans ses yeux une lueur d’incompréhension voir de panique s’allumer, je peux presque lire dans ses pensées : « Merde pourquoi je lui ai posé la question j’en ai rien à foutre de sa vie je voulais juste être polie !»

Petit b) : je botte en touche, je lui donne une réponse attendue et satisfaisante socialement : « Non non, ça va, je suis juste un peu fatiguée… » ou encore mieux : « Non c’est rien, je vais sûrement avoir mes règles ». Cette réponse (que nous appellerons donc la réponse b) a l’avantage de marcher presque à chaque fois et dans tous les cas de figure. Au collège : « bah non je peux pas aller à la piscine j’ai mes règles. » Avec son mec, « bah non chéri je peux pas j’ai mes règles ». Et en l’occurence dans le cas présent. Et bien que je DETESTE cette manie d’employer un phénomène aussi anodin et banal que les règles pour se sortir de toutes les situations, force est de constater que la réponse b est de toute évidence celle attendue par ma collègue.

En quelques secondes, son regard s’illumine. Un lien se crée entre nous, je sens maintenant la complicité qui nous lie : « oui nous sommes toutes deux femmes, 5 jours par mois une partie de notre endomètre fout le camp par notre vagin, c’est beau». Avec un peu de chance, j’aurai même droit au petit clin d’œil complice, voir même à la phrase qui est censée me rassurer jusqu’aux tréfonds de mon âme : « Si t’as besoin, n’hésite pas j’ai tout ce qu’il faut ». Quand à moi, il ne me reste plus qu’à ajouter à ma tristesse incompréhensible un sentiment de solitude que je traînerai toute la journée ainsi qu’un tampax fraîchement acquis dans ma poche.

Alors, est-ce qu’il est impossible aujourd’hui d’être triste sans raison? Pourquoi est-ce que « le gros chagrin » que l’on accepte volontiers chez un enfant est-il la honte suprême de l’adulte? Pourquoi est-il plus simple de s’inventer des maux physiques que d’avouer une détresse psychique ou émotionnelle?

Moi j’aime pas (trop) les filles…

…. Car comme le dit si bien Florence Foresti, les filles ça colle, ça se met toujours plein de crème sur le visage et ça mange que de la salade. Et comme Florence Foresti j’ai un gros problème, entre moi et les filles, ça n’a jamais été le grand amour.

cars.jpgJ’ai toujours été plus à l’aise avec les garçons . Je n’ai jamais aimé les « jeux de filles ». Quand j’étais gosse, tout le monde persistait à m’offrir des barbies, mais moi, j’avais un super garage avec plein de petites voitures, et les barbies c’était mon frère qui jouait avec. (certes il les déshabillait mais bon ne digressons pas.)

Et même aujourd’hui, je me sens plus à l’aise dans une discussion sur linux ou sur le dernier match de rugby que sur le fait que les rayures reviennent à la mode cet été. (comment ça je suis en plein cliché??)

Pourtant une fille, j’en suis une. Enfin, il me semble…. Si je compte bien: deux seins, une pilosité relativement réduite, une voix qui n’a pas muée et quelques trous dont l’un d’entre eux ressemble fortement à un vagin.

Et bizarrement, j’ai toujours choisi des filières ultra féminines, et par là j’entends des filières plus souvent empruntées par la gent féminine. Car oui, je suis de ceux qui pensent que les hommes et les femmes ont le même cerveau et par là les mêmes capacités, et qu’il n’y a pas un gène de l’informatique ou du sport qui ne serait attribué qu’au chromosome Y. Toujours est-il que je me suis dirigée assez tôt vers un cursus littéraire. Mon pire souvenir je crois a été ma classe de seconde, où on était 30 filles et 3 mecs…. L’ho-rreur. Une année entière à se tirer dans les pattes, à voir des poufs (désolée mais il n’y a pas d’autre mot) se retourner pour voir si leur mascara était bien mis, à entendre « oui mais pourquoi tu l’as embrassé c’est moi qui l’ai vu d’abord même si lui il me connaît pas! » bref, une année de merde, qui m’a bien confirmé que moi, j’aimais pas les filles…

…Et pourtant. Quand aujourd’hui je repense à mes amis de toujours, ceux qui m’ont soutenus, épaulés, qui ont supporté mes crises de nerf à trois heures du mat et les « Julien c’est l’amour de ma vie j’en suis sûre… » et 2 semaines plus tard « Non mais tu vois avec Julien c’était pas vraiment profond, mais là avec Nico je suis sûre qu’on va se marier avoir 3 enfants et un labrador noir ». Bref, ceux que l’on peut nommer amis avec un grand A et surtout à l’époque perturbée de mon adolescence, presque tous ces amis étaient des amiEs.

Je profite donc de cette journée « meilleure amie » pour avoir une petite pensée pour toutes celles qui ont traversé ma vie, que la vie nous ait séparées ou pas, celles avec qui on a rit des heures entières dans les chambres roses peintes des années plus tôt par nos parents, celles qui m’ont écoutées pleuré, gueulé, ont supporté mon caractère de merde, celles qui ont partagé mes joies et mes désespoirs d’adolescentes… Enfin bref, à toutes celles qui m’ont accompagnées, qui ont participé, ne serait-ce qu’une seconde, à faire celle que je suis devenue aujourd’hui, celles qui ont su me ramasser ivre mortes dans une soirées, me remettre dans le droit chemin parfois.

A mes amies d’enfance et celles que je n’ai vu qu’un instant mais qui ont su me toucher, me remonter le moral ou me donner un peu plus confiance en moi, à celles que je revois encore et celles que je ne recroiserai sans doute jamais, merci de m’avoir supporté, merci d’avoir petit à petit réussi à changer mon opinion sur les femmes et sur moi-même.

First date blues

Ah, le premier rencard, que d’émotions, que de maquillage, que de «Comment je m’habille? Sex or casual? » et puis surtout, que d’angoisse…

firstdate.jpgOn vient juste de le rencontrer, il paraît charmant, attentionné, maintenant comment savoir s’il sera un coup d’un soir ou celui avec qui on choisira le nom du 3ème enfant? Ou bien peut-être que ce ne sera qu’un échec total, avec baiser foiré en fin de la soirée qui ne donne même pas envie de l’allonger sur son édredon rose d’éternelle célibataire. Peut-être encore sortira-t-il la phrase de trop qui va nous exaspérer et nous donner envie de le pousser sous la première rame de métro qui passe.

Alors pourquoi tant de stress? Pourquoi avons nous l’impression de jouer notre avenir sur un simple rendez-vous? La réponse est simple. On approche de la trentaine (enfin, moi en tout cas), on se dit allez cette fois-ci il FAUT que ça marche, en plus je suis en fin de cycle, si dans 15 jours on est encore ensemble, cette fois-ci je ponds un mioche… Je caricature? Un peu, certes, mais pas tant que ça. En tout cas je n’en ai plus l’impression quand ma mère me demande pour la 15ème fois de la semaine, « alors, tu nous le présentes quand ton copain? » ou quand ma tante m’explique posément que « tu sais ma fille, 25 ans, c’est la date de péremption, alors 28 je te dis pas… ». Sans compter notre horloge biologique qui nous rappelle régulièrement que malheureusement, pour les femmes, il y a un âge limite pour concevoir…

Bref, tout ça me ramène à ce putain de premier rencard que l’on va fantasmer pendant une semaine pour finalement se retrouver encore plus déçue qu’au départ… Alors que faire? J’ai eu une soudaine inspiration en regardant un grand chef d’œuvre du 7ème art américain où l’on voit un mec qui conseille à son copain de… s’auto-satisfaire dirons-nous avant d’aller affronter sa dulcinée.

Même si dans ledit chef d’œuvre, la scène se termine par Cameron Diaz utilisant le sperme de Ben Stiller comme gel, je trouve qu’il y a là-dedans une idée à prendre. J’irai même plus loin, je pense que nous devrions systématiquement baiser avant d’aller à un premier rendez-vous. C’est pourtant simple non? Un taux hormonal plus bas, une certaine satisfaction et des pensées plus claires, et surtout cela enlèverait ce malheureux désir de vouloir plaire à tout prix même quand Jules est odieux avec les serveurs ou tient des propos sexistes à faire rougir De Villiers.

Et oui, mais pourtant ce n’est pas si simple. Cela voudrait dire qu’avant chaque premier rencard, il faudrait avoir sous la main le mec qu’on connaît bien, sympa, bon amant et de préférence marié avec 3 gosses pour éviter tout lien émotionnel. Malheureusement, ce spécimen là, je ne l’ai pas sous la main.

Pourquoi pas donc commencer par orienter ses rencards de manière à trouver l’amant idéal, et une fois ce léger détail technique réglé, il ne me resterait plus qu’à chercher l’âme sœur avec plus de sérénité. Si j’arrive un jour à cet exploit, je viendrai vous le raconter. D’ici là, heureusement qu’il me reste mon index et mon majeur…

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