28.09.2008
... les débuts
Et oui, plus que deux jours avant la fameuse rentrée des classes. Ce jour apparemment anodin pour la plupart des êtres humains le devient beaucoup moins quand on est prof (ou enfant certes, mais comme eux n’écrivent pas d’articles je ne les compte pas ici), et à plus forte raison prof débutante.
Comme je vais commencer ma première année, je n’ai pas encore de longue expérience à transmettre ou d’idée de génie qui va révolutionner le monde de l’éducation. Par contre, je peux revenir sur mon parcours de l’an dernier en tant que prof stagiaire. Dans cette merveilleuse année d’IUFM*, nous les instits débutants avons 3 stages en « responsabilité » à faire sur le terrain ; comprendre qu’on nous balance dans une classe sans formation préalable et avec pour seule consigne : « démerdez-vous ». Voici donc un condensé de ce qu’a été mon quotidien l’an passé…
Stage n°1. Tout d’abord, et pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut que je vous avoue que je ne suis pas de celles qui ont grandit avec « la vocation »; qui dès petite se voyaient en Laura Ingalls faisant la classe avec une jupe plissée, des petites lunettes carrées et les mains pleines de craie. Non, moi je me voyais bien pilote de ligne, rock star ou bien dessinatrice de mode. Autant dire que, n’ayant percé dans aucune de ces carrières, j’ai du me rabattre sur un choix que je n’avais jamais vraiment envisagé. Or un jour, il faut bien se nourrir, et j’ai donc passé le fameux concours. Mais c’était en me faisant la promesse que quoiqu’il arrive, je me spécialiserai en maternelle et uniquement en maternelle. Pourquoi ? Allez savoir. Je trouvais sans doute que les petits étaient plus mignons, qu’en cas de crise ils seraient plus faciles à maîtriser ou le cas échéant à être attachés à un porte manteau. Je ne savais pas encore à cette époque combien j’avais tort… Toujours est-il que pour mon stage filé*, je me suis retrouvée en CE2 dans une des écoles les plus médiatisées ces dernières années, et pas vraiment parce qu’il y fait bon vivre… Très rapidement, mon vocabulaire s’est enrichi de douces répliques telles que « tain vas-y maîtresse y’me traite ma mère alors moi j’lui ai fait bouffer ses dents quoi ». Petit à petit, la sensation de détresse s’est transformée en « rha putain j’en peux plus je vais retourner chez ma mère et devenir cueilleuse de chèvres et éleveuse de framboises. Ou le contraire. » Mais heureusement pour moi, j’ai appris que le prochain stage serait en maternelle…
Stage n°2. 30 monstres de 4 ans, pratiquement que des garçons, et encore une fois mes grands principes sont bousculés. Il faut croire que c’est génétique, les garçons fabriquent des pistolets en légo, dansent la tecktonik en cour de récré et règlent leurs conflits à grand coups de poings à travers la gueule. Tous les matins pendant 3 semaines, les enfants m’ont demandé quand le vrai maître reviendrait et, fait plus alarmant, au bout de quelques temps les parents se sont mis à me le demander aussi. Assez rapidement je dois dire, mes nerfs se sont mis à lâcher. Après deux semaines de gastro-rhino-rhumo-pharyngite et de nuits de 4 à 5 heures, j’ai complètement craqué. Je me suis mise à pleurer pour n’importe quoi, à m’endormir dans le métro tous les matins et j’ai hésité à prendre des renseignements sur les poursuites pénales en cas de meurtre sur enfant. Dieu merci, c’était la dernière fois de l’année que je mettais les pieds en maternelle.
Stage N°3. Dans ce stage un peu particulier, je vais me contenter de relater l’essentiel et passer sous silence certains évènements lamentables comme cette fois où je me suis pissée dessus en salle des maîtres. Je vais plutôt vous parler de ma rencontre avec un enfant « dyspraxique » - un handicap que je ne me hasarderai pas à expliquer ici étant donné que je le comprend toujours assez peu - de surcroît prénommé Elvis. Comme quoi, Coluche avait raison, tous les hommes naissent égaux mais certains le seront plus que d’autres. Le jour de mon arrivée, j’ai croisé l’ancienne maîtresse d’Elvis qui m’a dit que « j’allais m’amuser car l’AVS* venait de terminer son contrat». Ce à quoi elle a ajouté « Mais ça va aller tu verras, Elvis est « attachiant ». (sic) Et j’allais vite comprendre pourquoi. En effet, ce petit bonhomme s’exprimait dans un langage assez évolué et n’était pas avare en répliques cinglantes et pleines de bon sens. Il lui arrivait même parfois de se lever afin de réclamer le silence à la classe car « on ne s’entendait plus parler » et me proposait régulièrement de jouer une petite chanson sur sa guitare imaginaire. La première fois ça surprend et ça amuse, au bout d’un moment ça agace. Dans la dernière semaine, et malgré une très bonne entente en dehors de la classe, les choses ont commencé à se gâter entre « le king » et moi. Il s’est mis à me faire des choses qu’il n’avait jamais faites avant, à savoir foutre le bordel en classe, frapper les autres élèves, et petit cadeau spécial fin de stage, il se roulait en boule dans un coin en prenant sa tête dans les mains et se mettait à pousser des hurlements suraigües. J’en suis arrivée à la conclusion que de deux choses l’une, soit j’avais le super-pouvoir de transformer les dyspraxiques en autistes, soit qu’Elvis sans AVS, aussi attachant soit-il, c’était chiant tout court.
Alors plus beau métier du monde ou pas, je vous donnerai mon avis en juillet prochain, si je ne me suis pas reconvertie en chasseuse de castors lapons d’ici là !
*Lexique franco/éducation nationale :
(bien qu’ayant essayé de réduire au maximum les acronymes imbitables dont l’éducation nationale se délecte, j’ai dû malgré tout utiliser quelques mots de ce langage barbare)
IUFM : Institut universitaire de formations des maîtres, endroit où (paraît-il) on apprend aux profs à le devenir. Cette définition reste néanmoins à prouver.
Stage filé : Autre moyen de torturer les stagiaires en leur donnant une classe tout seul une fois par semaine.
AVS : Assistante de vie scolaire, elle s’occupe généralement des élèves handicapés.
13:47 Publié dans Vis ma vie... de prof | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prof, laura hingalls, éducation, iufm





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