28.09.2008

Génération Peter Pan

 

Le syndrome de Peter Pan (parfois nommé complexe de Peter Pan) caractérise les enfants angoissés par l’idée de grandir et les adultes socialement immatures. « Choisir une vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de grosse télévision. »

Devenir adulte, en quelque sorte. Dans ce monologue de Danny Boyle qui a fait le tour du monde se reflète l’angoisse qui est celle de toute une génération. Chez les trentenaires d’aujourd’hui, on entend souvent parler de “nostalgiques”, “d’adulescents”, bref, d’adultes qui ne s’assument pas et cherchent désespérément des repères dans le monde de leur enfance ou les mondes virtuels. J’ai entendu tous les qualificatifs pour définir cet état qui pourrait être générationnel : “génération sacrifiée”, “génération perdue”, “génération Y”, “Génération Peter Pan.” Et en effet, qui mieux que Peter Pan pourrait représenter cette fuite devant l’âge adulte ? Cet enfant éternel qui considère ceux qui grandissent comme des traitres, qui voudrait rester pour toujours un petit garçon et toujours s’amuser ? Peter Pan bronze.jpg

Certains comme Dan Kiley, ont été jusqu’à prêter ce nom à un syndrome, comme si vouloir garder l’enfant en soi était une maladie. Il existe même des sites qui traitent de cette “maladie”, ils mettent en garde les parents contre leurs enfants qui refusent de grandir, ils expliquent à certaines femmes que leur maris sont gravement malades. Ce qui me dérange un peu, c’est que j’ai l’impression de me reconnaître dans chacun de ces symptômes, ainsi que les trois quarts des gens que je fréquente. Donc de deux choses l’une, soit nous sommes tous barges, soit il faut accepter que cette maladie n’en est pas une, tout au plus un phénomène générationnel. Pour moi, un adulte qui a toujours sa DS dans son sac n’en reste pas moins un adulte et une personne à qui on peut confier des responsabilités.

Alors comme je ne peux pas parler pour toute une génération, je peux au moins parler pour moi. Oui c’est vrai, je connais par coeur tous les génériques des dessins animés des années 80. J’ai grandi avec Jayce et les cités d’or, j’ai mille fois rêvé d’aller avec Arkana sauver le shagma ou de rentrer dans la bulle bleue de Clémentine. Mais voilà, un jour, il a fallu grandir. Il a fallu choisir. La réalité a surgit devant nous comme un diable sort de sa boîte. Du jour au lendemain ou presque, notre enfance était terminée. Je fais partie de ceux qui ont refusé pendant longtemps de passer ce cap. Traîner la patte pour trouver un boulot ou un appart, ou même attendre presque 30 ans pour passer le permis. Et pourtant…

Etre adulte, je n’aspire qu’à ça. J’aimerais moi aussi avoir des rêves simples, prendre un crédit sur 25 ans, avoir pour seule angoisse la taille de l’écran de mon futur home cinéma. Oui mais malheureusement, tout n’est pas aussi simple. Est-ce que le nombre d’hectare de notre future maison ou les trois enfants qu’on planifie d’avoir détermine notre capacité à être adulte? Etre adulte revient-il à oublier ce qu’on a été quand on était enfant ? J’ai beau avancer dans le temps et souffler bougie après bougie, j’entends toujours la voix d’une gamine qui me demande où sont passés mes rêves d’enfant. Que ce n’est pas comme ça que je m’imaginais à 30 ans. Peut-être, comme Peter Pan, j’aspire à encore un peu de cette enfance, de ce temps de l’insouciance dont on m’a tiré brutalement pour remplir mon rôle dans la société. Car dans notre monde, pas de place pour un Neverland ou des fées capricieuses. Ici, les enfants perdus n’ont d’autre choix que de grandir tant bien que mal, remplaçant souvent les jeux avec les indiens contre d’autres bien plus violents.

Et même si, pour écrire cet article, je me suis plusieurs fois retrouvée au bord des larmes en voyant les images des dessins animés ou des histoires de mon enfance, je ne voudrais pour rien au monde renier cette partie de moi. Même si ça me fait passer parfois pour une gamine, une femme-enfant, quelqu’un qui a peur de «sauter le pas» vers l’âge adulte, je ne voudrais pour rien au monde renier cet héritage qui est à la fois notre passé et notre culture. Car je crois sincèrement que l’on peut devenir adulte et assumer ses responsabilités sans renier cette part d’enfant que nous avons tous en nous. Si après tout, devenir adulte ce n’était pas changer du tout au tout, mais juste endosser un nouveau rôle, ajouter une étape de plus à ceux que nous sommes déjà ?

Commentaires

Je voudrais continuer à dessiner des moutons

faire des parties de chatouilles

Pouvoir dire à quelqun tout simplement "t'as mal où ? " et le serrer dans mes bras en lui faisant des poutous
plutôt que de rester là en n'osant pas parce que les relations, les adultes les compliquent jusqu'à parfois les scléroser (mot d'adulte qui sait plus comment avancer ; "mets un pieds devant l'autre et lance toi andouille !" )

Une partie de devenir adulte c'est franchir ces étapes dont tu parles , accepter de suivre tout ou parrtie du planning que la société nous a tracé , et encore plus adulte de réfléchir le processus pour refuser délibéremment de suivre certaines lignes ; et s'engager à long terme pour que cela change.

Et j'irais encore plus loin que toi , c'est choisir d'endosser des responsabilités tout en préservant , cultivant "cette part d'enfant ". vouloir l'abandonner ou vouloir nous la faire abandonner , est ce vraiment si adulte comme attitude ?
Peut être faut il mieux préparer à franchir ces étapes, dire aux ados que c'est un passage obligatoire mais qu'ils vont pouvoir s'ils le veulent garder les 2 .
Surtout ne pas renier cette partie de nous qui s'enthousiasme , qui joue , qui se fait des potes, qui téléphone en disant "c'était juste pour t 'emmerder , bouger tes fesses de devant l'ordi... ". Cette part de spontanéité , qui , si on l'approfondit mène à une humanité , une empathie toute simple et pourtant si nécessaire .

(désolé pour les fautes d'orthographe , ça serait cool des vérificateurs auto sur vos burp )

Ecrit par : MarieM | 08.10.2008

@ MarieM » Si tu installes Firefox, tu verras qu'il y a un correcteur orthographique intégré (qui vaut ce qu'il vaut) dans les champs de formulaire ; c'est pratique !

Ecrit par : Comme une image | 08.10.2008

@Marie M: Oui je suis bien d'accord ! C'est vrai que tout ce qu'on sort aux ados c'est "oubliez direct qui vous avez été et maintenant devenez ADULTES" comme si ça impliquait de s'acheter une nouvelle personnalité... Et moi aussi je veux refaire des parties de chatouilles pendant des heures sans penser à rien d'autre !

Ecrit par : Netzah | 08.10.2008

@ Comme une image: oui je me disais bien aussi que mes fautes étaient signalées. Mais comment imaginer que quelqu'un utilise autres chose que firefox ? (je te taquine MarieM bien sûr)

Ecrit par : Netzah | 08.10.2008

@Comme un squatter et Netzah

Ben ..., moi non plus j'utilise pas renard en feu , je vais pas installer tous les logiciels de la création sur les ordis de mon boss !

Chatouilles à Netzah

Ecrit par : Ballade | 08.10.2008

@Ballade: Bah si tu devrais, ça ne lui fera que tu bien ! (bouh IE, c'est le mal !)

hihihihihihihihihi (pour les chatouilles... oui je suis très sensible !)

Ecrit par : Netzah | 08.10.2008

Je crois comme toi que c'est un phénomène générationnel. Je crois aussi qu'il est intimement lié à ce mal être ambiant que nous, enfants de la "Crise", avons intériorisé au point de refuser de faire partie de ce monde, inconsciemment, ou en tout cas pas sans en déjouer les pièges. Etre adulte oui, mais par pitié, pas comme nos parents, pas pour en baver comme eux. Au final, on en bave autant, mais on a gardé un refuge, un jardin secret, quelque chose en nous qui paraît-il nous rend paresseux et improductifs, qui nous fait fuir le travail uniquement nourricier, qui nous pousse à croire en nos rêves et à nous y accrocher, parce qu'on sent confusément ou pas que sans eux on n'est plus rien. J'ai sauté le pas, je suis maman, deux fois, et là j'ai pris une grande claque, parce que pour protéger tes mômes tu as l'obligation d'affronter un peu plus le monde ; tu grandis pour eux, parce qu'il n' y a pas place, dans un foyer pour deux générations d'enfants, et qu'à présent c'est leur tour. Tes rêves changent. Ils leur font toute la place. Mais.... tu as toujours des rêves, tu as toujours une soif de vivre autreement, tu as toujours un sentiment profond d'injustice qui t'anime, tu as franchi une étape et tu es toujours toi-même, et quand tu vois tes gosses s'inventer des rêves, et des licornes, et des chimères, tu restes à ta place mais tu as les larmes aux yeux. C'est ça qu'elle est, notre génération.

Ecrit par : Mariléti | 09.10.2008

Très beau comm... je trouve ça paradoxalement plutôt rassurant, le fait que tu vives toujours tes rêves et en même temps que tu admires ceux de tes enfants. C'est bien de rappeler qu'on ne perd pas sa personnalité en devenant mère !

Ecrit par : Netzah | 09.10.2008

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