28.09.2008

A l’absent

07h03. Le réveil a sonné plusieurs fois déjà. Dehors, il fait encore nuit. Je m’étire et je frissonne dans le petit matin de novembre. Au dehors, tout est calme. Seul le tic-tac régulier de mon réveil me rappelle que je ne dors pas, que bientôt il faudra se lever et affronter l’aube froide. Je tourne et me retourne dans mon lit à la recherche d’un peu de chaleur. J’étend mon bras, et du bout des doigts je caresse l’oreiller. Ma main glisse sur des draps lisses et froids. A l’autre bout de mon lit immense, tu n’es pas là.

hopper_edward_morning_sun1.jpg12h 25. Pendant la pause déjeuner, la salle est toujours aussi bruyante. Les gens parlent de politique, d’éducation. Il y a une guerre là bas, à l’autre bout du monde, le petit dernier arrive à manger tout seul maintenant, il paraît que bientôt, la pluie va s’arrêter de tomber. A l’autre bout de la salle, une fille est suspendue à son téléphone. Son sourire s’étend jusqu’aux oreilles. Elle parle avec lui. Elle l’appelle chaque jour et lui raconte tout, de ses petites désillusions quotidiennes jusqu’aux rares joies qui lui permettent d’avancer. Elle sait que ce soir, il sera là.

En rentrant, elle pourra sauter dans ses bras, l’embrasser avec ardeur ou bien simplement s’assoir près de lui et serrer sa main brûlante contre la sienne. Ce soir, à son tour il lui racontera ses échecs et ses colères, et puis les moments où il s’est senti capable de soulever des montagnes. Ensemble, ils se sentiront bien, aimés, remplis de force pour affronter les jours heureux et les moments difficiles. Je sors mon téléphone de ma poche. Sous mes doigts immobiles, mon écran reste noir.

Les minutes s’égrainent, passent les heures, les jours et les semaines. Mais toi, tu n’es pas là.

18h40. De retour à la maison. Je me sers un verre, j’appuie ma tête sur le canapé. Je repense à une anecdote qui m’a fait rire aujourd’hui, à tout le travail qu’il me reste encore à faire pour demain. Je tourne la tête comme pour te parler, mais dans mon salon désert il n’y a rien. Rien que moi et mon ordinateur, quelques livres ouverts et en bruit de fond la télé qui s’anime. Tu n’es pas là.

21h48 : Le restaurant est plein à craquer. Partout, les gens parlent et rient fort. En face de moi, les couples s’embrassent, leurs mains caressent leurs mains et leurs regards se frôlent. Je sens comme un vide en moi. Même parmi ceux que j’aime, même noyée dans la foule, il me manque toujours quelque chose. A côté de moi, la chaise est vide.

Les minutes s’égrainent, passent les heures, les jours et les semaines. Mais toi, tu n’es pas là.

1h15 : Les aiguilles de mon réveil sont si lentes qu’elles me semblent tourner à l’envers. Je devrais dormir. Je devrais en être capable. Je devrais tenir, me convaincre que les lendemains sont encore pleins de promesses. Dans la rue des talons claquent sur le sol. J’imagine une autre fille rentrant seule, ses pas solitaires la ramenant vers une vie qu’elle ne comprend plus. Mais j’entends aussitôt son rire cristallin résonner dans la rue et la voix chaude d’un jeune homme se mêler à la sienne. Leurs pas s’envolent comme s’envolent les secondes de mes nuits blanches. Je tourne et me retourne dans mon lit. Je serai fatiguée demain. Et toi, tu ne seras pas là.

03h52: A quoi bon rester là des heures puisque je n’arrive pas à dormir. Je me lève et je marche vers la fenêtre. J’allume une cigarette et sa fumée fuit en volute vers le ciel noir comme fuient mes larmes quand je pense à toi. Toi qui n’est pas là. Toi qui n’est pas là pour me prendre dans tes bras. Toi qui n’est pas là pour me soutenir quand je flanche, ni pour me dire que je suis belle quand je n’ose même pas sortir. Je pense aux mots que tu devrais me dire, aux caresses que tu devrais me faire. Mais tu n’es pas là. Toi qui soi-disant m’attend quelque part, au détour d’une rue, ou peut-être dans un bar glauque qui sent la sueur et d’alcool au petit matin. Toi que je n’ai pas toujours pas rencontré. Ton absence me dévore comme me dévore le temps qui s’écoule, qui file entre mes mains sans que j’arrive vraiment à le vivre car chaque jour me remplit un peu plus de ton absence.

Les minutes s’égrainent, passent les heures, les jours et les semaines. Mais toi, tu n’es pas là.

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